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Le regard de Hafez sur Tamerlan

Welcome to Iran! Bienvenue! Quel plaisir de vous voir! Que pensez-vous de notre pays? Est-il aussi mauvais que ce qu’en disent vos journaux?

C’est avec ces mots, et des sourires chaleureux, que nous avons été accueillis en Iran! De belles routes nous ont conduits de Tabriz à Ispahan, puis à Shiraz, Yazd, Bidokh et Meshad pour une découverte qui fut à la fois une plongée dans une belle et longue histoire, et une rencontre avec un pays et ses habitants très éloignée des images paranoïaques répandues en Occident. Bien sûr, on rencontre encore parfois le regard soupçonneux et sournois des gardiens de la révolution, mais les tenues vestimentaires, très élégantes et osées, des jeunes femmes prennent le dessus sur les robes des mollahs. Les mosquées se vident et les parcs publics se transforment en vastes campings par des familles en vacances qui s’installent au coeur des villes pour une nuit ou une semaine, qui pique- niquent, cuisinent, jouent et chantent. Dans les rues et les bazars, le chant des muezzins, malgré des haut-parleurs réglés au maximum, ne peut résister à la concurrence des groupes rock-pop de la jeunesse iranienne. Bien sûr, le pèlerinage à Qom ou Meshad reste un acte important, de tradition et de foi, mais nous visitons Persépolis en compagnie de milliers d’Iraniens venus retrouver leur passé. Partout, nous sommes assaillis de questions par une foule joyeuse et chacun veut se faire photographier en notre compagnie.

Les Iraniens souffrent de leur mise au ban de la communauté internationale, qu’ils considèrent comme injuste. Ils reconnaissent la responsabilité de leur gouvernement, mais ils n’admettent pas la politique de “deux poids, deux mesures”. Et d’ailleurs, un pays qui élève des statues et des mausolées à ses poètes ne peut être mauvais! Dans le beau parc qui entoure le tombeau de Hafez, une jeune femme nous propose de nous lire quelques vers du grand poète, puis elle nous les traduit et les commente. Elle vient, comme de nombreux autres, nous dit-elle, chaque semaine, pour trouver auprès de Hafez la force et la sagesse indispensables à la vie.

Nous avons dû quitter ce pays enchanteur, mais nous aurions volontiers prolongé notre séjour. Nous avons donc affronté deux frontières successives, Turkménistan et Ouzbékistan, et d’épouvantables routes, pour rejoindre les splendides villes-oasis de Boukhara et Samarcande. Dans ce pays de vieilles traditions, l’accueil aussi est magnifique. Mais là, au milieu de somptueux édifices bâtis par de sages souverains, trônent depuis quelques années de gigantesques statues en bronze du tyran et conquérant Timur-le-boîteux, érigées pour glorifier le sentiment national. En mangeant, le soir au bord du Lyabi Khaouz, avec cinq amis, juif, ouzbek, tatar, russe et kazakh, j’ai pu en avoir une nouvelle fois la preuve: ici, personne n’est dupe, et, comme en Iran, c’est à Hafez qu’on se réfère, et non à Tamerlan.

FL