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Voyages privés en Asie - Horizons 2018-2020
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La Muraille de Chine

De Kaikô Takeshi

« Reposons nos briques et partons vers le désert. » C'est par cette invite, laconique et désabusée, que s'achève la nouvelle de Kaiko Takeshi.

Sur une centaine de pages court l'ombre millénaire du plus grand édifice jamais construit de main d'homme, mais au prix de combien de sacrifices et de souffrances : La Grande Muraille de Chine. A travers les yeux anonymes cernés de boue, de crasse et de désespoir de l'un de ces milliers de forçats, le lecteur assiste à l'édification d'un Empire, cherchant aveuglément l'immortalité dans un monument de la démesure. Derrière cette gigantesque pieuvre rayonnant de ses tentacules en forme de routes pavées, Kaiko dessine la silhouette du Premier Empereur. Un homme ayant réussi ce que nul n'aurait même imaginé avant lui : l'unification des nations belliqueuses peuplant les plaines de Loess, les Royaumes Combattants de Sun Tsu, qui se livraient une guerre sans merci depuis des siècles. Et c'est aussi du prix de la paix qu'il s'agit ici, de ce qu'il en coûte de courage, de folie et d'intransigeance pour parvenir à un tel but.

Dans ce texte étonnant, plein des odeurs répugnantes de ces esclaves retournant à la sauvagerie à laquelle la prospérité devait les arracher, on retrouve les accents d'un Kafka se révoltant contre une implacable machine bureaucratique civile et militaire, qui finit par dominer ses maîtres humains, du faîte des palais jusqu'aux pieds nus des porteurs de briques, et ce n'est pas un hasard si La Muraille de Chine lui est dédiée. Et de l'autre côté de cet horizon surélevé, les barbares des steppes qui bien des années plus tard balayeront ce rempart qui tenait plutôt lieu de cage. Une ouvre brève, modeste, mais résolument forte et moderne.

Extrait:

"Bien qu'entourée de muraille, la ville n'était elle-même qu'une saillie du loess. C'était manifeste même dès le centre dans les moments où y régnait la plus grande animation. La place centrale était réservée au marché où les paysans venus de l'extérieur vendaient poulets et légumes apportés dans des paniers; les fonctionnaires déambulaient, les artisans faisaient tinter leurs outils, les femmes riaient et criaient au milieu des odeurs de légumes. Alentour des gens et des odeurs, partout: la terre; pas une demeure particulière non plus qui ne soit en terre. Qu'il n'y ait jamais eu de fondations en pierre, ou bien que celles-ci se soient enfoncées profondément dans le sol, rien ne distingue les maisons des rues. Pour nous, une maison est une partie de la rue, enflée, dilatée, une boursouflure. Une simple taupinière. Rien ne permet d'y voir une marque de résistance face à la terre. Aux entrées, aux carrefours, dans la ville: du loess, rien que du loess. La pierre, c'est à peine si elle a servi pour le bâtiment de l'hôtel de ville, les murs de la prison et les tombeaux privés de quelques marchands aisés. Nous autres, nous ne possédons rien dans quoi graver nos noms après la mort, sinon les mémoires."

Du même auteur:

L'Opéra des gueux (1959)

Une Expérience cruciale (1960), dans Anthologie de nouvelles japonaises tome III

Romanée-Conti 1935

La Mue ou la mort (1979), dans Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines

Les Ténèbres d'un été (1989)

Picquier Poche 2001