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Voyages privés en Asie - Horizons 2018-2020
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Premiers regards 2019-2020
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L'odeur de l'Inde

De Pier Paolo Pasolini

"Bénarès... Au fur et à mesure que s'éloigne la barque, nous voyons apparaître la rive sur toute sa largeur : en haut, au fond, scintillent les lumières et, à contre-jour, s'élève une espèce de cité de Dité, mais de proportions modestes, presque rustiques. Ce sont les murailles des palais que les maharadjahs et les riches se construisent pour venir mourir sur le Gange : ce sont des temples; ce sont des masures et ce sont des enceintes de protection mais le tout accumulé dans un indescriptible chaos...

Nous arrivons sous les feux, voilà les bûchers des morts: trois; deux, élevés, comme au sommet d'un escalier, et l'un plus bas, à quelques mètres du niveau de l'eau. Autour des bûchers, nous voyons beaucoup d'Indiens, recroquevillés avec leurs inévitables guenilles. Aucun ne pleure, aucun n'est triste, aucun ne se préoccupe d'attiser le feu: tout le monde semble simplement attendre que le bûcher s'éteigne, sans impatience, sans le moindre sentiment de douleur, ou de peine, ou de curiosité... Nous regardons à la dérobée, de plus près, ces pauvres morts qui se consument sans ennuyer personne. Jamais, en aucun lieu, à aucun moment, dans aucun acte, durant tout notre séjour indien, nous n'avons éprouvé un aussi profond sentiment de communion, de tranquillité, et, presque, de joie."

En 1961, Pasolini fit un voyage avec Alberto Moravia et Elsa Morante. Le livre intensément lyrique qu'il en rapporta n'est pas vraiment un récit, mais une "odeur" respirée au cours de ses errances nocturnes. Les visions de l'extrême misère, les spectacles d'une étrange spiritualité sont pour lui comme autant d'étapes d'une descente au sein d'une humanité primitive.

Denoël, Folio 1984