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Voyages privés en Asie - Horizons 2018-2020
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Premiers regards 2019-2020
Premiers regards 2019-2020

Liste des Chroniques

28.10.2014

Une nuit chez Janina

Quelques dizaines de kilomètres après Oulan-Oudé, nous quittons la M55 qui relie Moscou à Vladivostok pour emprunter une route toute cabossée et trouée, puis un chemin de terre si peu praticable que nous devons nous arrêter lorsque les trombes d’eau nous empêchent d’apercevoir les bas-côtés. Nous laissons sur notre droite les vestiges d’un moulin à papier abandonné pour entrer dans le petit village ignoré de Novaya Brian. On dit qu’il est peuplé de “vieux-croyants”, de ceux qui au XVIIe siècle s’opposèrent à la réforme du culte orthodoxe, furent pourchassés, persécutés et exécutés par milliers, certains ne trouvant leur salut que dans la fuite à l’étranger ou alors dans la lointaine Sibérie où l’influence de l’état tsariste et de l’église officielle était quasi inexistante. Il ne reste pas grand chose de ce schisme et le village n’a même plus les moyens de s’offrir un pope venant au secours de leurs âmes.

Eléna, l’énergique responsable du groupe de femmes du village, aurait voulu nous faire découvrir une tombe Hun et nous faire partager un peu de l’histoire de la région, mais les énormes averses qui nous tombent sur la tête nous en empêchent. Qu’à cela ne tienne, nous sommes attendus par un comité ad’hoc!

Trois coups de klaxon pour annoncer notre arrivée et Janina, Maria, Bogdana, Zhenya,  Evgeniya, Grusha et Polina sortent de la cour en costume national bouriate, accompagnées du fils de l’une d’elles, Aleksei l’accordéoniste. L’accueil est chaleureux, mais un peu contraint: nous sommes les premiers visiteurs reçus par ce groupe de femmes septuagénaires et volontaires, bien décidées à ne pas laisser leur village partir à l’abandon. Leurs maris, grognons, ronchons, ne se montreront pas de toute la soirée. Ils doivent se méfier de leurs femmes qui ont tant d’initiative!  Elles, elles s’essaient au tourisme, sans aucune expérience, face à des voyageurs venus de très loin dont elles ne connaissent ni la langue, ni les moeurs, ni les attentes, ni les exigences. Je choisis de ne pas découvrir d’abord les divers endroits où nous logerons, je peux imaginer que ce sera spartiate; laissons cela de côté, car Aleksei et son accordéon sont la plus belle des invitations à franchir la porte de la cour herbeuse de l’isba.

Nous nous installons autour d’une longue table dressée sous une bâche en plastique. Entre-temps, la pluie a cessé, mais l’air frais nous prémunit des mouches et, à voir les bouteilles devant nous, nous aurons de quoi nous réchauffer.  Nous bavardons autant que faire se peut, en s’aidant d’un peu de notre maigre russe, grâce aussi à notre guide Chingis, dont l’élocution diminuera au rythme de sa consommation de vodka. Le repas est pantagruélique et délicieux: fromages blancs, crème acidulée, tomates, concombres, aneth, poissons grillés, pelmenis, pommes de terre en sauce, carottes et choux, ragoût de porc longuement mijoté, petits fruits des bois, tartes, pommes etc. Même le coq de la maison y est passé, car tout est produit dans les jardins de ces dames qui nous décrivent en détail les vertus de cette nourriture hautement biologique. Nous laissons le vin de mûres à de futurs visiteurs pour nous concentrer sur la vodka-maison contenue dans des fiasques si grandes qu’il faut les tenir à deux mains. L’atmosphère s’est nettement détendue .... et réchauffée!


C’est le moment que choisit Aleksei pour empoigner son accordéon et nous jouer de ces éternelles ballades russes propres à envoyer dans les décors l’âme de tout voyageur. Nostalgie des bonheurs disparus, joie des bonheurs à venir, désarroi face au temps qui passe, ivresse des meilleurs moments de la vie. Tout y est! Aleksei est un virtuose, nos dames patronnesses l’accompagnent de leurs voix aigües, et lorsqu’il lance les meilleures chansons de Vissotsky, nous les rejoignons pour un choeur fraternel dont les accents transpercent la nuit calmée de la lointaine Sibérie.

Nous jouons à “la bague d’or”, au “baiser des mariés”, chantons et buvons encore. Dans la nuit avancée, nos hôtesses nous proposent une sauna, ce que certains d’entre nous acceptent, conscients qu’il sera difficile de trouver une salle de bain dans ce village.

A quatre, nous rejoignons la maison de Janina, modeste et chaleureuse isba de bois, cachée derrière une haute palissade de bois et agrémentée d’un potager où poussent choux, poireaux, haricots et concombres. A l’arrière-cour, des toilettes et un enclos pour un gros cochon qui grogne. Janina distribue ses quelques fauteuils et canapés, notre couche pour la nuit, puis retire son costume national qui lui pesait. Elle se retrouve face à nous en pyjama et très à l’aise. Un compagnon de fortune sort alors de sa besace une ultime bouteille de vodka, les yeux de Janina brillent de contentement, du pouce et de l’index elle se frappe l’aorte, manière de dire “buvons un coup”, elle prépare une salade de tomates-concombres, sort un pied de cochon et une plaque de lard blanc congelé, et nous mangeons encore, manière de savourer cet ultime moment de joie partagée au village de Novaya Brian.

Il n’y a rien à voir à Novaya Brian, République de Bouriatie en Sibérie, ni musée ni beau clocher, ni palais ni temple antique. Mais il y a ces femmes qui, contre vents et marées, ont décidé de faire vivre leur village et, cette nuit du 8 juillet 2014, nous ont donné leur temps, leurs rires et leurs jeux, leur table si généreusement garnie et leurs chansons, pour une soirée qui, à elle seule, justifiait le long voyage de 27'000 kilomètres entre la Suisse et Vladivostok.

FL

18.08.2014

La mousson, source de vie

«Des ténèbres cuivrées en forme de tour s’avancent vers la terre, tandis que la mer brille d’un éclat surnaturel comme une plaque d’argent. Puis le tonnerre et les éclairs se déchaînent sans interruption, et la pluie tombe à torrents» (Pédelaborde).

Est-ce cette vision effrayante que le marin Hippalus, emporté par les «Aquilons», retint de sa traversée de l’océan indien au premier siècle après J.C. ? On ne sait pas si l’homme fit fortune de sa découverte du régime des moussons qui allait régler le commerce Orient-Occident, mais il eut tout du moins la gloire de donner son nom à ce vent bénéfique. On parlera désormais dans le monde antique de «vent d’Hippalus».

Pendant de longs mois, il n’y a pas d’eau. Puis soudain il y en a trop : voilà le cruel paradoxe de la mousson. En Inde, on considère la mousson comme un don des dieux. L’arrivée de la mousson est l’événement qui rythme la vie : les bonnes moussons signifient prospérité et santé, les mauvaises sont synonymes de famine et de mort. L’éternel retour de la mousson est une perpétuelle surprise : sera-t-elle précoce ou tardive, abondante ou faible, régulière ou brutale ? Ce sujet fait la une des journaux pendant des semaines.

Avant la mousson, la pays est écrasé de chaleur, la campagne dort. Les prières pour la pluie, les cérémonies « puja » dans les temples, les rites propitiatoires, les coûteux sacrifices, se succèdent pour garantir l’équilibre cosmique et l’arrivée propice de la mousson. Les champs parfaitement aplanis sont prêts à recevoir l’eau bienfaisante.

Puis lorsqu’en juin le paysan voit monter de l’horizon une épaisse barre de nuages noirs et que le vent se lève, son cœur tressaille d’espoir. Quand les premières gouttes se mettent à tomber, loin de s’en abriter, chacun montre sa joie naïve et profonde et offre son corps à l’eau qui régénère les êtres et féconde la terre.

De Kipling à nos jours, le thème de la mousson a inspiré nombre d’auteurs. Parmi ces ouvrages, citons «Le riz et la mousson» de Kamala Markandaya qui a fait rêver bien des voyageurs dans les années 70 ou « La mousson » de Louis Bromfiled qui plonge le lecteur dans les Indes britanniques de l’entre deux guerres, et le beau livre de photographies de Steve Mc Curry «Terres de mousson».

La prochaine fois que nous, simples voyageurs, foulerons cette terre de légendes et de contrastes et serons confrontés à une de ces averses spectaculaires, au lieu d’en être contrariés, nous sortirons nos pèlerines et parapluies avec un sourire entendu !

cl

14.07.2014

Par quatre chemins

Nous sommes sur la Route de la Soie : nuit agitée à l'étape car si les caravanes ne passent sans doute plus, les chiens aboient… Alors, rêve éveillé : on s'attendait à des chameaux, on a croisé des camions (le commerce change d'objets, mais perdure), vu passer de longs trains sur des axes magnifiquement rectilignes, on a longé des gazoducs (l'échange est-ouest aussi est en mue). Au pied de la muraille de l'Ark de Boukhara, on a quand même rencontré un chameau, un vrai, un Bactrien qui, selon les habitants sans doute un peu chauvins de la Transoxiane, boit deux fois moins souvent que son cousin de Mongolie.

La Route de la Soie n'est pas qu'un mirage pour Occidentaux. Bien sûr, l'appellation à la fois chargée d'histoire et quasi mythique est exploitée partout, entre la Chine et la Turquie : sur le fronton de boutiques, de restaurants, en anglais pour les touristes, en russe parce que c'est (encore) la langue commune en Asie Centrale. Mais dans chaque ville, elle impose concrètement sa présence, assumée par les autochtones : à Tashkent, la place du marché s'appelle Tchorsou, "les 4 chemins" et le bazar n'y a rien de touristique. Mieux, au centre de Samarcande, la capitale de Tamerlan, pas moins de six routes se rejoignent sous le dôme du bazar. Mais pour se croire dans un caravansérail, rien de mieux qu'une halte dans une modeste auberge de l'ouest de l'Ouzbékistan qui arbore le mystérieux nom de Jipak Joli. Dans l'idiome local, le karakalpak, cela signifie… Route de la Soie.

L'histoire se raconte au fil de la route. Les champs de coton sont souvent bordés de mûriers, rappelant que l'adras est un tissage de soie et de coton mêlés. Les minarets témoignent d'une longue épopée musulmane dont les faïences étincelantes ont été soigneusement restaurées pendant la période soviétique. Et les villages tout neufs des ouvriers du gaz témoignent de l'Asie Centrale d'aujourd'hui. La Route de la Soie fait rêver, mais aussi fait toujours vivre, si on lui donne son nom générique : la route des échanges.

EWI

20.05.2014

De Not Vital à Wang Shu

Un certain regard sur la Chine d’hier et d’aujourd’hui

2014 : Le Musée d’Art et d’Histoire de Genève présente au Cabinet d’Arts Graphiques la très belle exposition « Tanter », c’est-à-dire entre en romanche (entre deux pays ou entre deux cultures…) de l’artiste grison Not Vital. C’est un grand plaisir pour moi de rencontrer « pour de vrai » cet artiste remarquable, peut-être plus connu en Asie qu’en Suisse !

2011 : En me baladant dans l’Usine 798, ou Espace 798, ou Beijing 798 Art District, centre d’exposition au style architectural unique situé dans les anciens bâtiments d’une usine militaire désaffectée portant le numéro d’usine qui la désignait auparavant, mes pas me portent jusqu’à l’UCCA (Ullens Center for Contemporary Art). C’est là au cœur de Pékin que je découvre cet artiste suisse qui m’est inconnu. Je suis séduite par son œuvre originale et je constate que les galeries en Chine sont vraiment ouvertes au monde et sur le monde, et du reste Not Vital possède un atelier à Pékin. Les 640 hectares de l’Espace 798 sont loués à la communauté d’artistes de Pékin et l’endroit est devenu un lieu symbolique de la culture pékinoise où des artistes de grand renom y exposent leurs créations. Ainsi la Chine regorge actuellement de galeries d’art et de Musées d’Art Contemporain de très bonne facture et internationalement réputés.

Testons le nouveau TGV qui nous propulse à grande vitesse à travers le pays. A Shanghai, la perle de l’Orient, les artistes, les galeries, les musées privés ont développé de grands projets d’art pour faire de la ville l’une des plus glamours et les plus fascinantes du monde. Pourquoi ne pas pousser la porte d’un de ces musées : le M50 Art District, le MOCA (Musée d’Art Contemporain de Shanghai), le Art Minsheng, le Ville Rouge, le Art Zhu Qizhan... Choisissons le RAM (Rockbund Art Museum), un des musées privés d’art contemporain les plus dynamiques de Shanghai installé dans un bâtiment Art Déco des années 30, dont le but premier est le soutien à la création et le développement des projets en  partenariat avec l’Académie des beaux-arts de Hangzhou.

Alors rendons-nous à Hangzhou ! C’est là que l’architecte contemporain Wang Shu (récent lauréat du prix Pritzker – la distinction la plus prestigieuse pour un architecte vivant) a réalisé le nouveau campus Universitaire d’Art de Chine ainsi que d’autres bâtiments comme le Logement Vertical. Mais Wang Shu est surtout présent à Ningbo, c’est donc l’occasion d’emprunter le pont trans-océanique de 36 km qui enjambe la baie de Hangzhou et relie Shanghai à Ningbo. Wang Shu y a réalisé plusieurs bâtiments, dont – entre autres - les Cinq Maisons Dispersées, le remarquable Musée d’Art et le Musée d’Histoire.

Cela donne le vertige, tout se mêle, noms et certitudes : Herzog & de Meuron et Wang Shu, Not Vital et Wei Wei, Rietberg et MOCA. La Suisse si petite et la Chine si grande, mais si semblables et si proches parfois.

Voilà, c’est donc l’occasion d’aller faire une nouvelle escapade en Chine les yeux grands ouverts et de visiter tant la Cité Interdite que le UCCA à Pékin, le jardin du mandarin Yu que le RAM à Shanghai, la pagode des Six Harmonies que le campus universitaire à Hangzhou.

cl

17.04.2014

Le Pamir - Le centre ou le bout du monde?

A l’est de l’Himalaya, là où se rencontrent les chaînes du Karakorum, de l’Indukush et du Tian Shan, se dresse le Pamir, une des régions les moins accessibles de notre monde. Pourtant, en considérant un atlas mondial, on constate que le Pamir se trouve au centre du continent eurasiatique, une région de montagnes d’une intense beauté qu’aucun mot ne peut vraiment décrire, où vit une population d’origine perse qui a su garder jusque dans ses villages les plus reculés une culture raffinée et qui accueille l’étranger avec une curiosité bienveillante. D’être à la fois le centre et le bout du monde ajoute un charme mystique au Pamir et résonne profondément dans nos coeurs.

Au début du XXe siècle, cette région était considérée “comme le centre névralgique du monde” car qui la possédait détenait la clé de la domination du monde. La Russie tsariste avec son territoire infini d’un côté et la puissance maritime de l’Empire britannique de l’autre se faisaient face dans ce qu’on appelait le “Great game”, dans une guerre larvée pour la prédominance mondiale. Pour limiter les risques d’une confrontation, l’Afghanistan fut considéré comme un état-tampon, avec le corridor du Wakhan qui séparait les deux ennemis de quelques kilomètres seulement.

Nous progressons le long de la ligne de démarcation entre ces sphères d’influence. D’un côté du fleuve Panj, frontière naturelle, c’est l’Afghanistan, et on aperçoit un sentier muletier qui relie de loin en loin des groupes de masures basses et rudimentaires, alors que sur notre rive, en terre tadjik, semble régner un semblant de confort. Une route de terre, rarement asphaltée, taillée dans la roche permet d’atteindre les villages qui ne se composent, en plus de quelques habitations, que de minuscules échoppes, d’un poste sanitaire ainsi que parfois d’une station d’essence ou d’un arrêt de bus. Sur notre route, nous rencontrons des groupes d’écoliers en uniforme, chemise d’un blanc éclatant, cravate, pull-over élégant ou blazer et souliers vernis, tout en parfait contraste avec les conditions de vie simples et rudes de leurs villages. Il s’agit là d’un des derniers acquis de l’ancienne Union soviétique, malgré 20 années d’abandon et de négligence.

Lorsque nous conversons avec les habitants transparaît la nostalgie d’une époque où tout allait mieux: Les garnisons de l’Armée rouge apportaient du travail et un revenu, les infrastructures étaient entretenues et un commerce, même modeste, était un gagne-pain assuré. Aujourd’hui, la population ne vit plus qu’au “bout du monde” et le maigre rendement de l’activité économique de ces paysans de montagne ne couvre qu’un quart des besoins vitaux. L’espoir, ou la chance, est toujours du côté de la grande Russie, car c’est là-bas, à Tomsk, Omsk, Yekaterinburg ou Novosibirsk que les jeunes, souvent très bien formés, trouvent un emploi qui leur permet d’entretenir leur famille restée au pays. Et les Pamiris, oubliés de l’histoire, continuent leur vie précaire tout en maintenant leurs traditions ancestrales.

Rares sont ceux qui ont eu le privilège de découvrir le Pamir. Parce que la route est longue et difficile, la météo incertaine, les auberges rudimentaires (mais ô combien accueillantes!) ou simplement parce qu’on l’ignore. Mais ceux qui y ont voyagé parlent les yeux brillants de paysages d’une beauté à couper le souffle, de rencontres authentiques et cordiales, d’adorables petites habitations nichées au coeur de la nature, de troupeaux en route vers les estivages d’altitude et de la vie simple et rude des Pamiris. Aucun mot ne peut véritablement transcrire les émotions que l’on ressent, chacun a les siennes et souvent les garde jalousement comme un précieux cadeau.

CM

04.04.2014

Inde - Karnataka

Pourquoi la fête de DUSSEHRA a une résonance et une saveur particulière à Mysore

Dans le nord de l’Inde, la fête de Dussehra est symbolisée par la destruction de l’effigie de Ravana, le roi démon de Lanka, lui qui avait enlevé Sita, l’épouse de Rama (selon l’épopée du Ramayana). Dans le sud du pays, et particulièrement dans le Karnataka, la tradition est de fêter la victoire de la déesse Durga sur le démon à tête de buffle Mahishasura.

Cette victoire du bien sur le mal prend à Mysore une saveur particulière. En effet, le nom de Mysore est dérivé de celui de Mahishur ou Mahishasura Ouru, ce qui veut dire en langue Kannada la ville de Mahishasura.

Ainsi donc, ce terrible asura était le roi de cette cité. En ces temps lointains, les dieux si puissants du panthéon hindou, même réunis, malgré leurs armes terrifiantes, n’arrivaient pas à faire façon de ce démon. Dans leur volonté de le combattre, de leurs pensées réunies, de leurs fronts conjugués, émana la déesse Durga. De chacun d’eux, Durga reçut leurs armes.

Sur le sommet de la colline où elle apparut si rayonnante, elle captiva par sa beauté Mahishasura, le démon à tête de buffle. Puis, le démon, acceptant la bataille contre la déesse, plia sous la force conjuguée des dix-huit armes que Durga portait. Elle devint ainsi Mahishasuramardini, celle qui a tué le démon Mahishasura.

Avec de tels antécédents, la ville de Mysore se devait de fêter ce fait d’arme mythologique pour la gloire du bien. Déjà au 15e siècle un ambassadeur perse à la cour des Vijayanagar rapporte dans ses notes la célébration de cette fête avec tous les fastes de l’Empire qui l’accompagnaient.

Aujourd’hui la tradition se perpétue, certes de manière différente. Le faste inouï des rajas n’a plus cours, mais quelques éléphants peints et caparaçonnés, des chameaux et autres bestiaux sont toujours du cortège. La fête de Dussehra a gardé son caractère sacré, mais la grande procession est devenue aussi une des fêtes principales de l’Etat dont elle représente les qualités et volontés, les forces vives du Karnataka. Le grand cortège qui converge vers le Temple est inoubliable de fraîcheur et de spontanéité. Fanfares nombreuses aux costumes extravagants, classes d’élèves de toutes écoles, étudiants, associations de quartier, sociétés masculines ou féminines ou mixtes, clubs, dispensaires et infirmeries, corps de métiers divers, saints hommes, dieux grimés, tribaux sortis de leurs forêts, danses guerrières et tambours…sur des chars décorés ou à pied, tous vont, chantant ou en silence. Sur le parcours, des milliers de spectateurs admirent un inoubliable et unique cortège empreint de la noblesse simple des gens de tous les jours.

Depuis Mysore, autrefois dans l’Empire de Vijayanagar, ce voyage dans le Karnataka nous permettra de voir quelques uns des plus beaux temples et sites de l’Inde centrale : le temple jain de Sravanabelgola, les temples de la dynastie des Hosayla de Belur et Halebi, Badami et ses temples excavés, Aihole et Pattadakal, où nous découvrirons la genèse du temple hindou, un art qui devait rayonner plus tard sur l’Inde entière. Nous finirons notre tour à Hampi, l’ancienne capitale de l’empire Vijayanagar, dont les monuments et demeures, bien qu’en ruines, témoignent encore de l’importance qu’eut cette cité impériale. Goa sera le point de départ de notre retour.

XL

25.02.2014

Lever du jour au Koya San

Mon réveil sonne à peine qu’une main légère frappe à ma porte accompagnant un discret “good morning”. Ma première pensée est de me retourner et de me rendormir une petite heure, mais la curiosité prend le dessus. Je quitte la bonne chaleur de la couette et m’habille rapidement, car l’air est froid dans les cellules de ce monastère qui ne connaît pas le chauffage. Quelques minutes plus tard, on nous conduit à la cérémonie matinale.

Nous étions arrivés hier au Mont Koya-San, un ensemble d’une centaine de temples et de monastères consacrés dès le IXe siècle par le bouddhisme Shingon, dont la moitié environ offre un abri pour la nuit aux pèlerins et aux visiteurs. Nous avions quitté la côté escarpée du bord de mer et cheminé de train en train et même en funiculaire pour atteindre la montagne sacrée. Un jeune moine parlant un anglais parfait nous avait accueillis avec le sourire dans “notre” monastère. Tout en bavardant joyeusement, il nous avait désigné nos chambres et fait découvrir les salles et les jardins du monastère. A notre étonnement de rencontrer dans un endroit si perdu une personne si habituée à converser dans une langue étrangère, il nous avait répondu avec un rire gêné qu’il était en réalité étudiant à Osaka et qu’il venait souvent aider au temple le week-end ou durant ses vacances!

Nous étions tombés sous le charme de cette ville monastique: presque chaque maison est bâtie dans le style traditionnel en bois avec des parois coulissantes en papier. Entre les bâtiments s’étendent de splendides jardins parfaitement entretenus représentant harmonieusement des paysages miniatures de pierres, d’eau et de plantes. Le temple principal, le Kongobu-san, était occupé par des pèlerins amusés avec lesquels nous avions partagé le thé et les gâteaux secs de la cérémonie. Plus tard, nous avions admiré l’immense jardin de pierre superbement aménagé en nous demandant par quelles invraisemblables acrobaties les moines parvenaient à passer de pierre en pierre sans laisser la moindre trace dans le gravier. Notre marche s’était poursuivie dans une ambiance quasi mystique jusqu’au Okuno-in, le mausolée de Kukai, fondateur du bouddhisme Shingon. Depuis des siècles, les croyants demandent à ce que leurs cendres soient, le jour venu, déposées au pied des grands arbres qui ombragent le tombeau de leur maître spirituel. Nous avions cheminé parmi les tombes, des traînées de brouillard enrobaient le paysage et, entre deux brèves averses, les rayons du soleil perçaient la rangée d’arbres pour illuminer les pierres tombales. La nature nous avait offert un spectacle magique et somptueux.

Après ces visites et encore chargés d’émotion, nous nous étions délassés dans un bain traditionnel, le  onsen de notre monastère, avant de revêtir le yukata, le kimono de coton mis à notre disposition. A dix-neuf heures précises, notre étudiant était venu nous chercher et nous accompagner jusqu’à une salle réservée où nous était servi un succulent repas végétarien. Assis à même le sol, chacun de nous avait eu disposés devant lui une dizaine de bols et soucoupes remplis de mets d’une grande délicatesse.

La cérémonie débute avant l’aube. Les moines sont assis côte à côte dans la grand salle de prière lorsque nous entrons en compagnie de nombreux pèlerins et d’autres touristes. Les prières sont récitées, accompagnées du son des gongs, les pèlerins déposent dans une coupe des lettres exprimant leurs désirs ou leurs soucis, puis ils reçoivent la bénédiction. Lorsque commence la cérémonie du feu, ces billets sont alors brûlés et les souhaits s’envolent vers le ciel. Et nous, nous jouissons de ce moment privilégié, sans souhaits ni désirs, simplement heureux d’être pour un court instant partie de ce lieu magique.

CM