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Voyages privés en Asie - Horizons 2018-2020
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Premiers regards 2019-2020
Premiers regards 2019-2020

Liste des Chroniques

Les Routes de la Soie, mon livre des merveilles

Mes premières rencontres avec les Routes de la Soie ont débuté à une époque où les frontières étaient réputées infranchissables, tout comme les déserts, les steppes infinies et les rares cols himalayens permettant de passer en Orient. L’approche était longue et parfois hasardeuse, par quelque régions semi-désertiques d’Asie centrale, les hautes vallées du Nord-Pakistan, les sommets enneigés de l’Himalaya, du Karakorum ou de l’Hindukush et l’Ouest immense de la Chine. Plusieurs fois, je me suis trouvé face à des douaniers certes aimables, mais peu enclins à transiger sur les règlements restrictifs dans cette partie du monde toujours autant disputée.

Pourtant, chaque tentative fut une réussite et une extraordinaire découverte, la plupart du temps par des paysages d’une stupéfiante beauté. L’un après l’autre, ces passages historiques ont été rétablis: col du Khunjerab à 5'000 m entre le Pakistan et la Chine, route de Kathmandou à Lhasa, cols du Turugart et Irkeshtam entre Kashgar et le Kirghizistan, passe de Korgos, poste frontière de Tashanta... De voyage en voyage, j’ai pu rassembler les éléments de ce gigantesque puzzle et reconstituer le destin unique des Routes de la Soie.

On n’imagine pas à quel point ces voies de communication ont contribué à l’essor culturel, scientifique et philosophique des pays qu’elles reliaient ou traversaient. Pendant 2'000 ans, les caravanes ont circulé reliant des empires florissants, chinois, perse, grec, romain, indien, byzantin, emportant avec elles les marchandises qu’elles échangeaient de gré à gré, soie bien sûr, mais aussi pierres précieuses, porcelaine, étoffes de laine ou de lin, jade, ambre, ivoire, laque, épices, verre, corail, métaux précieux et armes, etc. C’est par les Routes de la Soie que nous sont parvenus pois chiche, aubergine, moutarde, ail, oignon, épinard et laitue, mais aussi la rose et le vin. C’est par elles que sont arrivées jusqu’à nous des techniques aussi décisives que l’astrolabe, la charrue, la boussole, la poudre à canon, le papier-monnaie, l’imprimerie, etc. Par ces voies un peu énigmatiques, nous avons reçu l’algèbre, les algorithmes et l’astronomie et une bonne partie de notre médecine.

Mais les Routes de la Soie n’étaient pas que des itinéraires marchands. Dans les caravanes se mêlaient commerçants, aventuriers, voyageurs, savants, philosophes et hommes de foi. A la croisée de ces chemins antiques sont nées et ont essaimé les grandes religions universelles du monothéisme, zoroastrisme, judaïsme, christianisme de diverses tendances, y compris nestorianisme et manichéisme, et également islam, qui toutes se sont établies jusqu’en Chine. Dans l’autre sens circulaient les idées du confucianisme, du taoïsme, du bouddhisme et de l’hindouisme. Et elles se confrontaient, s’opposaient parfois, se mélangeaient souvent.

Les Routes de la Soie ont été un apprentissage du monde et un extraordinaire livre d’histoire, mais aussi de géographie, de sciences et de religions, un livre des merveilles dont je pouvais savourer quelques pages à chacune de ces étapes au nom enchanteur, Antioche, Boukhara, Samarcande ou Kashgar, qui jalonnaient mes voyages.

FL

26.06.2015

Le Ramayana : un poème épique qui défie le temps

Il était une fois, dans le royaume d’Ayodhya en Inde, un roi sans succession. Pour y remédier, il décide de sacrifier un cheval et c'est alors que neuf mois plus tard, ses 3 épouses mettent au monde 4 garçons. Le plus fort d'entre eux se nomme Rama. Lorsqu'il atteint l'âge adulte, il rencontre lors d'une chasse aux démons la belle Sita, princesse du royaume voisin. Il en tombe amoureux et l'épouse après avoir passé quelques épreuves, selon la tradition.

Mais, quelque temps plus tard, l'héritier du trône Rama est victime de jeux de pourvoir au sein du palais d'Ayodhya et se voit banni du royaume pendant 14 ans. Son épouse Sita et son frère Lakshmana l'accompagnent dans son exil, au cours duquel ils doivent affronter démons et monstres dans la forêt. Un jour, le démon Ravana parvient à attirer Sita sur l'île de Lanka grâce à une ruse. Rama, qui est désemparé, demande de l'aide au roi des singes Hanuman. Avec son armée de singes il arrive à libérer Sita des griffes de Ravana et tous trois rentrent heureux au palais d'Ayodhya. Pourtant Rama doute de la loyauté de Sita. Elle est alors soumise à une épreuve du feu qui balaiera tous les soupçons.

Les contes fantastiques du Ramayana, datant des Ve et IVe siècles avant notre ère, ont façonné la mythologie, l'art et la religion de l'Asie du Sud. Ces histoires remplies d'humour et de miracles, mettant en scène héros et méchants, font encore aujourd'hui battre les cœurs de toutes les générations. Que vous vous rendiez en Inde, au Sri Lanka, en Birmanie, au Laos, en Thaïlande, au Vietnam ou au Cambodge, vous découvrirez une version locale de l'épopée.

Sur les bas-reliefs en pierre du temple Angkor Wat au Cambodge, vous pouvez admirer la libération de Sita et la lutte acharnée entre démons et singes. Dans les temples hindous, Rama est vénéré comme l'avatar du dieu Vishnu. On trouve ce symbole dans les anciens bas-reliefs de pierre à Hampi au Karnataka, à Mahabalipuram au Tamil Nadu ou encore sur les gigantesques temples (gopuram) de Madurai. Le Ramayana est présent jusqu'au Vietnam, où le roi des singes figure sur les ruines du sanctuaire de My Son.

Dans les villes bouddhistes de Luang Prabang, Mandalay et Bangkok, tout comme à Kochi, ville d'influence hindoue, des danseurs vêtus de costumes colorés brodés d'or et parés de masques représentant Rama, Sita, Ravana et Hanuman, ravivent tous les soirs les célèbres scènes du Ramayana au son de musique rythmée.

De nombreuses formes d'art, comme les miniatures du nord de l'Inde, les marionnettes et les théâtres d'ombres d’Indonésie et d’Asie du Sud-Est, ne connaîtraient pas un tel succès et ne seraient pas aussi répandues sans les histoires enchanteresses du Ramayana. La propagation est telle que l’on aurait de la peine à s'imaginer une série télévisée ou un magasin de jouets en Asie du Sud dans lesquelles le Ramayana ne serait pas présent.

CM

05.03.2015

Jiayuguan

Chanson du grand vent

Un vent violent s’était levé,
    Les nuées montaient et volaient…
Mon prestige s’est imposé au monde,
    Et je reviens au pays natal.
Où trouverais-je des héros
    Pour garder les quatre horizons ?
L’empereur Kao-tsou des Han

nrf Poésie Gallimard. P. Demiéville. Anthologie de la poésie chinoise classique.

Jiayuguan

Erigée en 1540, dans la dix-neuvième année du règne de Jiajing sous la dynastie des Ming (1368-1644), La Commanderie de Jiayuguan a été magnifiquement restaurée en 1949.

A l’Est.

Dès notre départ de Pékin, nous partons à la découverte de quelques-uns des plus beaux et étonnants sites de la Chine ancienne du Nord-Ouest.
A Lanzhou, Capitale de la Province du Gansu, nous empruntons cet étroit passage naturel, le Couloir du Hexi, «A l’Ouest du fleuve», qui permit autrefois  à l’Empire du Milieu de rencontrer l’Occident et les Indes.
Arrivés à Jiayuguan, « La Passe de Jiayu », la forteresse fait forte impression. C’est le verrou qui permettait à l’Empire de se protéger des invasions et où les voyageurs devaient montrer leurs permis de voyage ou autres papiers officiels d’accréditation pour poursuivre leur route dans un sens ou dans l’autre. 
Une fois dans la grande cour du fort, impatients, nous montons immédiatement sur la courtine.

Au Sud.

Tournons notre regard à gauche, vers le Sud. Les Montagnes Qilian : quel décor grandiose ! Ces très hautes montagnes barrent un horizon qui ne semble pas si lointain ; C’est le  rebord du haut plateau du Qinghai et ses neiges éternelles avec des sommets qui culminent entre 6000 et 7000 mètres, frontière naturelle du plateau tibétain. Au premier plan son piémont, montagnes et collines de roches avec ses vallées et ses pâturages cachés.
Jusqu’à leurs premiers escarpements depuis le côté Sud de la Commanderie, une portion de muraille court sur une dizaine de kilomètres, barrant ainsi l’accès à l’Est entre elle et les premières collines.

Au centre. La Commanderie.  

Debout sur la courtine crénelée, notre regard toujours tourné vers le Sud peine à se détacher de ce décor immuable. Il est magnifié par un premier plan de hautes tours à étages à toitures superposées qui se détachent sur cette toile de fond fauve, blanche et azur.
A travers différents passages sous voûtes, on découvre les subtilités de l’ouvrage qui permettait de faire face aux hordes des peuples de la steppe. Aussi, la commanderie  n’était rien moins que la clef qui permettait aux caravanes, une fois les tracas administratifs douaniers passés, de partir sur les pistes périlleuses de l’Occident, ou de rentrer décharger leurs marchandises dans les entrepôts impériaux.

A l’Ouest.

Restons sur les remparts. Prolongeons notre regard vers l’Ouest : le paysage s’ouvre vers l’Occident. Plus loin, ce sont d’abord les redoutables sables du désert du Taklamakan. Echappons aux razzias soudaines et violentes de certains peuples qui mettent en péril notre vie. Par de hauts cols enneigés, rejoignons des villes aux noms évocateurs, jouissons de la douce fraîcheur des oasis, traversons encore d’autres terribles  déserts, marchons, marchons, la Méditerranée est à plusieurs mois de marche caravanière.
Notre première halte d’importance sera Dunhuang, à 400 kilomètres environ, soit une douzaine de jours de marche si nous ménageons notre monture. Haut lieu du bouddhisme, nous ne manquerons surtout pas de visiter les grottes excavées et peintes de Yulin et de Mogao.

Au Nord.

Les Montagnes Noires, telles qu’on les appelle ici. D’une rugosité rébarbative, elles cachent derrière elles des Gobi et des déserts de sables différemment colorés. Encore plus loin, Yarkoto, la ville mystérieuse enfouie dans les sables.
Peu d’eau pour abreuver une troupe nombreuse de brigands et leurs montures en ces lieux inhospitaliers. Pour aller au contact des troupes Impériales, il fallait arriver de l’Ouest et affronter de plein front la Commanderie. Méfiance tout de même, du flanc Nord de la Commanderie une muraille équivalente à celle qui part vers le Sud à été construite. Elle court vers le Nord, traverse une quinzaine de kilomètre de plaine pour aller butter et grimper jusqu’aux premières arêtes de la montagne.

Ainsi, la Commanderie de Jiayuguan, au milieu du Corridor du Gansu, avec ses deux rubans défensifs qui partent perpendiculairement à elle, l’un vers le Sud, l’autre au Nord, fermant tout accès vers l’Est, a défendu à elle seule, souvent avec succès, l’Empire du Milieu.

Asseyons-nous sur les remparts, imprégnons-nous pour toujours de la disposition des lieux, de son décor grandiose, habillons-les de quelques personnages historiques incontournables, et emportons avec nous ce souvenir inoubliable.

Un jour peut-être serons-nous à Samarcande ou Yazd, nos pensées nous porterons vers cette Commanderie lointaine, par delà les montagnes aux neiges éternelles et les déserts, aux confins de l’Empire Céleste, début de la Route de la Soie.

XL

19.02.2015

Rencontres au Pamir

Au cœur du continent eurasiatique se dressent les plus hautes chaînes de montagnes. Les hauts-plateaux et les vallées du Pamir s’étirent au point de convergence des Tian Shan (Monts Célestes), des monts Kunlun, du Karakorum et de l’Hindukush. Cette région isolée aux confins des mondes et des intérêts politiques a pourtant vécu une histoire mouvementée et nous réserve de belles surprises.

Dans les vallées orientales et méridionales du Tadjikistan, au Haut-Badakhchan, vit le peuple particulièrement fier des Pamiris. Entourés de populations turcophones ouzbèque, kirghize et afghane, les Pamiris sont eux d’origine perse et tout dans leur apparence, leur taille, leur langage, la couleur parfois bleue de leurs yeux rappelle leur lointaine parenté avec l’antique Perse. Même leur dialecte est considéré jusqu’à Téhéran comme particulièrement fin et pur. La religion dominante, le schisme ismaélite, se distingue du sunnisme qui l’entoure.

Schamsija

C’est au marché de Khorog, qui tient lieu de centre économique du Pamir, durant de longs palabres à propos d’un T-shirt, que nous faisons connaissance de Schamsija, qui nous invite finalement chez elle après la fermeture de sa boutique. Nous acceptons à la condition expresse de ne partager simplement qu’une tasse de thé. Mais bien entendu, Schamsija ne peut pas déroger aux lois de l’hospitalité et elle nous a préparé un repas complet. Nous commençons par déguster une soupe de viande dans sa petite cuisine et c’est l’occasion de faire connaissance avec son mari et ses deux petits-enfants, ce qui nous étonne, car Schamsija paraît avoir 30 ans à peine. Elle nous parle alors de sa vie. Elle travaille plusieurs mois par année de l’autre côté de la frontière, en Afghanistan, comme infirmière. Mais là-bas la vie est dure pour les villageoises et elle est bien contente et fière de vivre au Tadjikistan; elle y a reçu une bonne formation, elle se sent libre et autonome. Un peu à l’écart de Khorog, elle a acheté une petite maison qu’elle compte agrandir pour y accueillir des hôtes de passage. C’est pour la financer qu’elle travaille en Afghanistan, et cela lui permet aussi de subvenir à son mari, qui tient au bazar une échoppe de DVD avec des films d’action russes ou chinois, de soutenir aussi ses petits-enfants dont les parents ont trouvé un gagne-pain comme saisonniers en Russie.

Jasmin

Quelques jours plus tard, nous rencontrons Jasmin aux sources chaudes de Bibi Fatima, loin au delà dans la vallée de Wakhan. La jeune fille aide dans un petit hôtel local et nous apporte un thé qu’elle refuse que nous payons. Elle aussi nous invite chez elle et elle informe sa mère par téléphone mobile “...j’arrive avec 10 invités...!”. La maison entourée d’un jardin dans laquelle vit Jasmin avec sa mère, deux sœurs et un petit frère est spacieuse et proprette. Dans la cuisine, la maman s’active à préparer un repas, bien que nous ayons insisté pour nous contenter d’un thé. Finalement, après quelques discussions et contre sa volonté, nous parvenons à convaincre la maman de faire une entorse à la tradition: nous nous contenterons de quelques sucreries, bonbons et autres douceurs, mais aussi de pain que les sœurs se dépêchent d’aller quérir chez un voisin. Jasmin est fière de sa famille, une sœur étudie les mathématiques et la physique, l’autre la médecine, et elles passent les vacances d’été à la maison. Elle-même a terminé sa formation d’infirmière deux ans auparavant, mais n’a pas encore trouvé un travail. En attendant, elle vit chez sa mère et donne des coups de main dans le petit hôtel. Les perspectives de se marier et de fonder une famille ne sont pas les meilleures: à 25 ans, elle est considérée comme plus très jeune, les hommes du même âge ont quitté la vallée pour travailler à la capitale Duchanbé ou en Russie. Mais elle ne perd pas l’espoir de trouver bientôt un travail dans son métier.

Nous avons traversé le Pamir de bout en bout, un monde isolé dans les montagnes d’une beauté sans pareille, dont les habitants mènent une vie simple et de privations. Mais que ce soit au petit musée de Yamg l’instituteur, au marché afghan d’Iskashim, à l’auberge de Khorog ou dans la yourte d’une famille nomade, nous n’avons rencontré que des gens fiers et ouverts, et dont l’hospitalité nous a beaucoup touchés.

CM