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Voyages privés en Asie - Horizons 2018-2020
Voyages privés en Asie - Horizons 2018-2020

Liste des Chroniques

Au fil du Mékong…. De Huay Xai à Luang Prabang…

Nous embarquons pour deux jours de croisière sur un magnifique bateau en tek et nous nous laissons transporter sur les courants du Mékong au rythme de la vie locale qui anime les rives. Nous sommes entourés de cimes aux reliefs escarpés couverts d’une dense jungle, de rizières, des plantations diverses, de petites plages de sable où s’abreuvent les buffles, de nombreux villages et hameaux isolés composés de maisons sur pilotis en bois et bambous au toit de chaume. Bercés par les flots du fleuve, en slalomant parfois entre les rochers, nous apercevons des pêcheurs solitaires qui ajustent leurs filets, des « speed-boats » transportant les locaux (pour la plupart leur seul moyen de locomotion), de nombreux enfants qui se baignent et s’amusent à cœur joie dans l’eau trouble du Mékong, tout en nous faisant des grands signes de bonjour avec de larges sourires.

Nous nous arrêtons pour visiter un village local. Dès notre descente du bateau nous sommes accueillis par une horde d’enfants qui nous accompagne jusqu’à leur hameau situé en amont. Moments intenses et inoubliables de partage avec ces enfants remplis de joie de vivre malgré la pauvreté dans laquelle ils grandissent. Nous rencontrons les femmes du village qui nous font découvrir l’art du tissage de la soie. Identité culturelle au même titre que la danse et la musique, cet art magnifique est une riche tradition transmise de mère en fille depuis la nuit des temps.

En fin de journée, nous faisons escale pour la nuit à Pakbeng dans un lodge niché dans une végétation luxuriante surplombant le Mékong. Au petit matin, nous découvrons le fleuve recouvert d’une épaisse brume matinale. Le temps de prendre un bon petit-déjeuner sur la terrasse et d’observer les premiers signes de vie, les rayons de soleil dissipent gentiment le brouillard.

Nous reprenons la navigation et au fil des heures l’impatience croissante de découvrir Luang Prabang est de plus en plus perceptible. Nul doute que cet empressement sera grandement récompensé par la beauté de cette ville.

Enfin l’arrivée tant attendue à Luang Prabang à la lumière du coucher du soleil, perchée sur un promontoire du Mékong. Une merveille pour les yeux. Jadis unique voie d’accès par le fleuve, Luang Prabang est un véritable joyau, entourée de montagnes verdoyantes.   

Riche d’un héritage architectural et d’art sacré, ville aux multiples temples bouddhistes scintillants à couper le souffle, elle dégage une atmosphère de spiritualité dans un décor naturel spectaculaire. La religion fait partie intégrante de la vie quotidienne de chaque laotien, bien-être essentiel à leur harmonie personnelle. Tous les matins, à l’aube, on peut discrètement assister à la vieille tradition bouddhiste du tak bak, quête matinale de l’aumône. Les moines quittent les temples de la ville pour parcourir, dans la sérénité et accompagné un silence religieux, les rues de Luang Prabang en file indienne, afin de récolter leur nourriture auprès de la population locale qui attend au bord de la route. En participant à ce rituel traditionnel et en faisant ces offrandes, chacun reçoit en retour les bénédictions des moines.

La quiétude qu’offre la navigation sur le Mékong et la splendeur incontestable de cette ancienne cité royale qu’est Luang Prabang, demeurent féériques au fil des siècles comme si le temps s’y était arrêté… Un véritable émerveillement !

CB

Le marionnettiste de Khimsar

Broussaille et champs desséchés couvrent la plaine que traverse une petite route étroite et désespérément rectiligne empruntée par des vaches indolentes, des troupeaux de moutons et de chèvres, des poules que rien n’affole mais aussi par d’antiques camions chargés de dromadaires. A pied, à dos de chameau, en camion ou en tracteur bricolé, en Tata, Toyota ou Mercedes, tous les moyens en Inde sont bons pour se déplacer.

Depuis une semaine, nous sommes, trois femmes accompagnées de notre chauffeur Kuldeep, en route à la découverte des merveilles du Rajasthan, le “Pays des Rois” moghols qui apportèrent à cette région une ère de stabilité, de prospérité et d’épanouissement culturel sans pareils entre le 16e et le 19e siècle. La beauté des constructions aux contours finement ciselés laisse entrevoir une influence perse dans l’art comme dans l’architecture. Déjà nous avons visité de nombreux forts et palais, eu le plaisir de rencontres et de discussions enrichissantes et avons été dorlotées de toutes les manières possibles.

Nous choisissons de passer la nuit à Khimsar, un endroit insignifiant à peine indiqué sur notre carte et Kuldeep proteste car, selon lui, il existe bien d’autres lieux plus confortables sur notre route. Nos attentes ne sont donc pas très élevées lorsque nous approchons du village niché à l’ombre d’une forteresse: des ruelles étroites bordées de maigres échoppes, un entrelac d’humains, de vaches, de chiens, de poules et de motos au klaxon ininterrompu nous mène jusqu’au portail de la forteresse et ses deux gardiens moustachus.

Quelques pas et le contraste est saisissant ! A l’intérieur des murailles règne un calme absolu, une allée traverse des jardins fleuris, plusieurs bâtiments de grès rose et une immense salle de réception nous attendent. La forteresse est en réalité un palais aménagé en hôtel dont nous seront les hôtes pour une nuit. Un palais bien différent de ceux déjà rencontrés, souvent ostentatoires et tape-à-l’oeil. Celui-ci, à l’écart des itinéraires touristiques, rayonne d’un charme inattendu.

Chaque détail est pensé et soigné. Le dîner nous est servi dans les ruines d’une aile du palais du 16e siècle. Le buffet est modeste mais particulièrement raffiné. Le serveur ne connaît pas toutes les règles du service mais sa prévenance est extrême. Pour prolonger notre repas, des artistes entrent en scène. Une troupe de musiciens soufis et de danseuses nous entraîne au rythme des tambourins et leurs mélopées mystiques nous touchent au fond du coeur avant de s’envoler vers la steppe silencieuse.

Dans une cour du palais se dresse une petite tente de couleur devant laquelle est accroupi un jeune homme entouré de poupées. C’est un marionnettiste discrètement installé qui attend patiemment que s’estompent dans la nuit les chants soufis, en espérant que l’un ou l’autre des hôtes présents s’intéressera à son art. Il nous accueille avec un immense sourire et, après nous avoir laissé le temps de nous asseoir  face lui, il commence sa représentation: la princesse Sita a été enlevée par le démon Ravana, mais le prince Rama, avec l’aide du roi des singes Hanuman, peut la sauver. Grâce à ses marionnettes qu’il manie avec une incroyable dextérité, il anime les récits du Ramayana, qui avec ses 48'000 vers est un des textes fondamentaux de l’hindouisme et de la mythologie indoue.

L’art des marionnettes, aussi modeste soit-il, est une tradition millénaire et bien vivante dans toute l’Asie, que ce soit sous la forme du théâtre de marionnettes chinois, du Bunkaru au Japon, des marionnettes sur l’eau au Vietnam et des magnifiques figures de Bukhara, dans presque chaque ruelle d’Asie on peut rencontrer une troupe de marionnettistes.

Notre petit marionnettiste de Khimsar vient d’un village proche. Il tient son art de son père et lui-même rêve de le transmettre à son fils. Il nous parle de cette tradition et dans ses mots, tout de calme et de discrétion, de modestie mais aussi de fierté, on devine la sagesse que procure une grande richesse intérieure.

Ce ne fut qu’une brève rencontre, quelques mots et quelques sourires échangés, une photo souvenir. Et pourtant quelque chose s’est imprégné dans notre coeur, car de toutes les images, sensations et rencontres vécues durant ce voyage, c’est bien celle-là qui revient encore et encore à mon esprit. Je ne sais ce qui m’a ainsi touché. Est-ce l’image de la simplicité dans un monde d’apparat, de la modestie dans une société du plus fort, de l’enfance encore présente dans les yeux d’un adulte ? Ou simplement le respect que l’on doit à un jeune homme qui, à l’ère de Youtube, des écrans plats et de Bollywood, se consacre à maintenir la tradition si simple et l’art si peu sophistiqué des marionnettes?

Cette rencontre me fait espérer que la modestie et la candeur, la recherche de sens et d’authenticité peuvent résister au besoin d’apparence et au glamour bling-bling d’une société sans trop de repères.

CM

A toi, ami vietnamien

Nous passons les portes du hall climatisé de l’aéroport international d’Hanoi, tu es là, frêle avec une pancarte à la main, ton sourire nous touche d’ores et déjà.
“Xin chào! Hoan nghênh!” (Bonjour! Bienvenue!)
Tu seras notre compagnon de voyage pendant quelques jours.

Première visite, premières sensations, le mausolée d’Ho Chi Minh, nous sommes sonnés par la fatigue, la chaleur, l’humidité et la pollution et ne captons qu’un mot sur deux de ton discours. Je me sens mal à l’aise du manque d’intérêt que nous pourrions manifester.

Doucement et respectueusement, tu entres dans notre petit cercle et t’intéresses à chacun de nous avec la distance adéquate des premiers contacts. Une attention, un regard, toujours ton sourire. Nous te rendons la pareille et te laissons délicatement faire partie de nous.

Tu es à nos côtés, sur le pont de notre jonque privée, à prendre l’apéritif sous le soleil couchant de la baie d’Halong. Atmosphère magique! Les discussions changent, la distance s’amenuise, les éclats de rire nous rallient, la relation s’intensifie.

Tu es à nos côtés, à vélo à travers les rizières verdoyantes des paysages sublimes de Ninh Binh, à partager nos joies démonstratives!

Tu es à nos côtés, à courir sur un quai de gare afin d’attraper ce train de nuit en contrôlant que tout le monde soit là!

Tu es à nos côtés, en fin de soirée à boire une bière et à nous expliquer les bienfaits du communisme.

Tu as rapidement fait partie de notre équipe et la distance n’existe plus.

Tu nous dévoiles que ce métier n’est pas facile, que l’attachement est parfois inévitable et que l’espace à respecter entre nos deux mondes n’est pas toujours évident. Mais l’amour de ton beau pays prend le dessus et tu es si fier de nous le raconter, de nous le faire comprendre et de nous le faire ressentir.

Au-delà de toutes les beautés que nous avons vues, la richesse du voyage comporte aussi, et ô combien, cette respectueuse et précieuse relation qu’un guide local peut nous apporter.

Et le jour de la séparation arrive: nous nous disons “à bientôt” en esquivant les regards et évitons le coup d’oeil derrière l’épaule lorsque le contrôleur des passeports nous tend la main.

Cher Toan... merci pour ces échanges profonds de frère à frère, sans frontière, sans religion! Nous tous nous sentons aujourd’hui encore enrichis de ces moments exquis.

Merci, cher ami vietnamien et belle vie à toi!... et qui sait «à bientôt»!

SCLE

Mozart sur le Toit du Monde

Cette année-là, notre route avait été pavées d’embûches. Les pluies, qui avaient provoqué un énorme éboulement et fermé un col dans le Pamir, nous obligeant à un long détour. Un mauvais diesel acheté je ne sais où, qui avait finalement obstrué nos moteurs nous contraignant à de longs arrêts dans des garages successifs. Les pèlerinages traditionnels du Mont Kailash, la montagne sacré aussi bien des bouddhistes tibétains que des hindouistes - ils n’ont lieux que tous les 12 ans - qui nous avaient retenus pendant de longues journées à Lhasa.

Mais le voyage avait été magnifique, nous offrant les monastères rugueux d’Arménie et les coupoles dorées des mosquées iraniennes, la faïence des médressas d’Asie centrale et le mystère enfumé des temples tibétains. Les paysages qui nous avaient accompagnés, déserts brûlants et steppes infinies, insondables gorges et vertigineux pics enneigés n’avaient pas réussi à nous lasser. Tout n’était que découvertes et enchantements.

C’est le propre de nos expéditions de suspendre le temps, de laisser planer l’incertitude sur le chemin à suivre, de nous ouvrir le merveilleux livre d’histoire de l’humanité que nous pouvons page après page, jour après jour, lire avec le même bonheur. Histoire de grandes civilisations, chinoise, perse, grecque, romaine, byzantine, qui ont fait les routes de la soie. Histoire des religions, zoroastrienne, hébraïque, bouddhique, chrétienne, musulmane, qui ont façonné les peuples, les réunissant parfois, les opposants souvent. Histoire des arts, des sciences et des cultures, histoire de l’Homme où tout finalement se rapproche, se mélange, s’enrichit et se confond.

On ne voyage jamais seul, même en solitaire. Nous accompagnent deux ou trois livres dont on ne peut se passer, les souvenirs où se raccrocher lorsque tout bascule, une lettre ou un billet doux de celui ou celle qu’il a fallu laisser derrière soi pour plusieurs mois, une image enfouie dans un porte-monnaie, parfois, souvent, la nostalgie qui nous questionne et nous retient. Et, pour moi du moins, la musique…

Ce jour-là, nous avions quitté à l’aube Duomazhang et passé Mazha par un soleil éclatant. La route suivait les rivières à plus de 4'000 m d’altitude, qui s’étalaient parfois en lacs étincelants. De loin en loin, des troupeaux d’élégants et farouches ânes sauvages ou d’indolentes gazelles se prélassant au soleil nous regardaient passer. Puis la route s’élançait pour franchir un col entre 5'000 et 6'000m avant de rejoindre une autre rivière qui nous menait plus loin encore, toujours plus loin. Au fond d’une gorge sans fin et au milieu d’immenses noires montagnes, une barrière nous barrait la route. Pendant 6 heures, nous avons vu camions et toutes sortes de véhicules de l’armée chinoise défiler devant nous pour se rendre vers une caserne frontière avec l’Inde. Patience, jaozi, lecture, nouilles sautées et bavardages ont été notre menu pour passer ce temps qui semblait ne jamais finir. Au loin, les nuages s’accumulaient, la pluie commençait à se déverser, se transformant peu-à-peu en neige.

Je connais bien ces situations où le ciel semble vous tomber sur la tête. C’est le moment choisi par la nature pour gonfler les rivières et vous bloquer pour longtemps au fond d’une gorge. Lorsque nous avons pu enfin reprendre la route, la nuit tombait et je n’étais pas certain de passer ce col impressionnant culminant à plus de 5'500 m. Mais le moteur ronflait bien régulièrement, le chauffage fonctionnait et nous étions tous tendus vers le but à atteindre, 250 km plus loin. A l’intérieur de la voiture, Mozart et le Dies Irae de son Requiem nous rappelait la colère divine à laquelle il vaut mieux ne pas trop se frotter mais aussi sa miséricorde qui nous a permis d’affronter et de franchir ce dernier obstacle.

FL

Eriin Gurvan NAADAM - «les trois jeux virils»

Alors que nous nous apprêtons à traverser 9 pays pour rejoindre la Suisse en 4x4, beaucoup d’entre nous ne rêvent que d’une chose: fouler le sol de la Mongolie.

Après plusieurs jours de route depuis Pékin et quelques arrêts, nous voici enfin arrivés en Mongolie. À la douane sino-mongole le temps d’attente se prolonge, mais mes compagnons de voyage ne se laissent pas décourager pour autant: leurs yeux brillent et chacun raconte pourquoi ce vaste pays aux paysages préservés le fait tant rêver.

Certains évoquent le Naadam, la fête nationale qui célèbre aujourd’hui l’indépendance de la Mongolie par rapport à la Chine. Ce festival, qui a pour nom « trois jeux virils » (Eriin gurvan naadam), aurait été fondé en l’an 1206 par Gengis Khan pour occuper ses troupes et élire les meilleurs et plus vaillants guerriers.

Les formalités douanières enfin derrière nous, nous roulons vers Zamiin Uud, premier village après la frontière. C’est ici que nous posons nos bagages pour notre première nuit en Mongolie. Pour l’instant, nous n’avons pas encore vu grand-chose de ce grandiose pays, et c’est avec curiosité que nous partons à la découverte de ce village-frontière, construit autour d’un point central: la gare de la ligne ferroviaire du Transmongol.

Devant la gare, une poignée d’hommes s’affaire à mettre en place une scène de spectacle. Notre guide nous indique qu’ils préparent une fête pour le début du Naadam. Quelle chance! Nous ne pensions pas rencontrer le festival aussi tôt. Ce soir-là, nous assistons aux festivités: un défilé de costumes colorés, de nombreuses danses de diverses influences et de la musique aussi bien traditionnelle que moderne. Le style de la diva locale, perchée sur ses hauts talons, cheveux décolorés et maquillage provocant, nous fait comprendre qu’aujourd’hui le Naadam se célèbre en accord avec son temps et que des tendances nouvelles viennent s’entremêler aux traditions anciennes.

Le lendemain, nous reprenons la route et, bien que nous soyons encore sur une route asphaltée, nous trouvons gentiment mais sûrement ce que nous sommes venus chercher: de vastes plaines arides, un ciel bleu profond agrémenté de quelques nuages ouatés et surtout un silence assourdissant brisé uniquement par le vent.

À peine sommes-nous habitués à cette nouvelle sérénité que nous apercevons au loin un regroupement de personnes au bord de la route. Nous décidons de nous arrêter: la chance nous sourit à nouveau, il s’agit du festival du Naadam. Cette fois bien plus traditionnel que la veille: La plupart des Mongols présents portent le costume traditionnel. Nous apprenons de notre guide qu’aujourd’hui a lieu la première épreuve, la course de chevaux. Nous nous positionnons à la hauteur de la ligne d’arrivée et attendons les coureurs. Tout le monde ne parle que des chevaux, de leur âge, de leur puissance; pas un mot sur les cavaliers qui jouent apparemment un rôle secondaire dans cette discipline. Lorsqu’ils arrivent, nous sommes étonnés de découvrir des enfants: garçons et filles, qui ont cinq ans pour la plupart et montent sans chaussures ni selles dans le but d’être plus légers.

Après la course, l’un des éleveurs passe tout près de nous avec son cheval, indiquant fièrement le chiffre deux avec ses doigts. Son cheval a fini deuxième, une place plus qu’honorable lorsque l’on sait que seuls les cinq premiers sont primés. Après cette étonnante épreuve, il est temps pour nous de quitter la route asphaltée et de rejoindre les pistes de la steppe mongole.

Après plusieurs jours perdus dans la nature, à ne croiser pratiquement personne et à dormir sous tente, nous arrivons à Karakorum, camp de base de Gengis Khan. Un peu déstabilisés par ce retour soudain à la civilisation, nous nous réjouissons tout de même de pouvoir assister une nouvelle fois au festival du Naadam. Cette fois-ci nous découvrons l’épreuve de la lutte mongole. Des colosses s’affrontent dans l'arène, le but étant de mettre son adversaire à terre. Avant chaque combat, les lutteurs se saluent et effectuent une petite danse en l’honneur du juge. L’enjeu est grand, car le gagnant pourra participer au grand Naadam de Ulaan Baatar. Malheureusement, une tempête de poussière vient interrompre le spectacle et nous oblige à reprendre la route pour nous protéger des rafales de vent.

Quelques jours plus tard, nous arrivons au Lac Terkhiin Tsagan, un endroit idyllique au bord duquel nous passons deux nuits dans un camp de yourtes très confortable. A notre grande surprise, il y a même du wifi et une salle avec une télévision. Même au fin fond de la steppe, la technologie a rattrapé l’humain. Alors que nous n’en voyons pas l’utilité, nous allons vite comprendre que pour les Mongols qui accompagnent notre petit groupe, la télé est primordiale aujourd’hui : après plusieurs petits Naadam dans les provinces, c’est le jour de la cérémonie d’ouverture du Naadam à Ulaan Bataar. Nous nous laissons emporter par l’enthousiasme général autour de ce grand rendez-vous et décidons de nous joindre à nos compagnons mongols devant la télé. Balou, le chef de notre équipe d'accompagnement, est assis tout devant, aux premières loges. Il ne veut surtout pas en rater une miette, car son fils aîné a été choisi parmi des milliers pour assister à la cérémonie en tant que porte-drapeau. C’est une grande fierté pour lui et nous lui faisons honneur en regardant la cérémonie à ses côtés, dit-il. À l’écran, des centaines de danseurs, de chanteurs et figurants participent au spectacle.

En quittant le pays une semaine plus tard, nous avons tous la larme à l’œil. La Mongolie nous a profondément marqués et nos nouveaux amis vont nous manquer. Nous entrons en Russie avec le sentiment d’être orphelins et reprenons la route pour de nouvelles aventures. Bien que nous soyons tristes sur le moment, une chose est certaine: nous évoquerons encore souvent notre passage en Mongolie, cette région du monde à la fois encore si sauvage et en même temps tellement accueillante.

LS

QETIQ, la musique au cœur du Xinjiang

Il s’appelle Perhat Khaliq. Son nom ne vous dit rien? Pourtant des dizaines de millions de Chinois le connaissent depuis qu’il a gagné le second prix du concours «The Voice of China» en 2014. C’est une star dans son pays avec un fan club qui le suit à travers le pays.

A Urumqi, capitale du Xinjiang, il y a un bar qui s’appelle Xi La Yi Zhan. C’est là qu’un soir de l’année 2010 Michael Dreyer échoue après avoir auditionné sans enthousiasme des groupes de rock qu’il souhaite faire venir pour son célèbre festival de musique Morgenland Osnabrück. Son guide et mentor Mukaddas Mijit, docteur en ethnomusicologie et originaire d’Urumqi, l’a entraîné au Xi La Yi Zhan pour une dernière bière. Un groupe de rock s’y produit qui interprète des standards de rock américain: QETIQ. C’est le coup de cœur attendu et tant espéré. Michael Dreyer est immédiatement fasciné par la voix extraordinaire de Perhat et ses interprétations rock de la musique traditionnelle ouïgoure et kazakhe. Il le veut en Allemagne! Cinq mois de démarches et tracasseries administratives seront nécessaires pour obtenir passeports et visas. Le groupe QETIQ débarque en Allemagne amputé de quelques membres qui n’ont pas passé les fourches caudines.

C’est un choc culturel et émotionnel pour ces hommes qui n’ont jamais franchi les frontières de leur Etat. Pour le festival ils doivent reformer leur groupe avec des musiciens allemands. Leur seul langage commun: les sons, la musique, le regard, les mains, l’admiration réciproque. C’est un véritable coup de foudre entre ces musiciens, comme le montre si bien le remarquable film que Mukaddas Mijit a réalisé sur cette aventure. Perhat a amené sa voix unique, gutturale dans le rock et d’une profondeur magnifique dans le chant traditionnel. Les mots en ouïgour sont d’une douceur extrême et coulent comme l’eau d’une rivière.

C’est le succès. L’extraordinaire Joachim Dölker à la batterie et le bassiste Andreas Müller ne vont plus quitter QETIQ et repartent en Chine avec eux.


Vous rêvez maintenant – j’en suis sûre – d’aller écouter Perhat Khaliq et son dream team! Eh bien partez par la même occasion à la découverte du Xinjiang. La région vous ouvre ses portes et son cœur: Kashgar et son marché du dimanche, le lac Kokonor aux eaux turquoise, le mont Mustagh Ata promontoire sur la chaîne du Karakorum, le lac du Ciel (Tianchi) niché dans un repli des Tianshan à 1900 mètres d’altitude non loin d’Urumqi, le terrible désert du Taklamakan où bien des aventuriers du temps du Grand Jeu laissèrent leur vie, Turfan où il fait bon s’attarder à l’ombre d’une treille de raisins, les grottes aux mille bouddhas de Bezeklik creusées à même la falaise, les imposantes ruines de Gaochang première capitale des Ouïgours, la cité perdue de Karakoto et tant d’autres merveilles qui s’échelonnent le long de la Route de la Soie.

Grâce à l'engagement sans faille depuis de nombreuses années et à l'enthousiasme des Ateliers d'ethnomusicologie (ADEM) et de leur chef d'orchestre Laurent Aubert, un large public peut découvrir des artistes du monde entier: chanteurs, danseurs, musiciens. Merci à eux qui m'ont permis de vibrer avec Perhat Khaliq et QETIQ. Le rêve commence à l'Alhambra de Genève et continue sur les chemins d'Asie.

CL

Iran - Persépolis - «Chatroom» de l’antiquité

La Perse, ancien nom de l’Iran, évoque chez beaucoup d’entre nous des images de mille et une nuits, d’histoires sans fin, de souverains glorieux et d’oeuvres d’art grandioses. Chaque visiteur peut retrouver ces images lors d’un voyage en Iran, et bien plus encore. Partout, on est accueilli à bras ouverts par une population chaleureuse, à chaque endroit on se heurte aux témoignages d’une histoire millénaire et à l’héritage de ses nombreuses dynasties. Un des lieux les plus extraordinaires est certainement Persépolis. Bien que cette cité avec ses nombreux palais, bâtiments administratifs, ateliers et entrepôts ait été en grande partie brûlée par Alexandre-le-Grand pour venger la destruction de l’Acropole, les vestiges qui se dressent devant nous permettent d’en imaginer la grandeur et la qualité exceptionnelle de l’architecture.

J’entre dans Persépolis par la Porte des Nations. A ma gauche et à ma droite, des taureaux gigantesques et des êtres mi-hommes mi-taureaux sculptés dans la pierre me saluent et m’invitent à continuer vers deux parois magnifiques sur lesquelles sont taillés presque à l’identique soldats, dignitaires et conducteurs de chars. Les traits sont d’une grande finesse et parfaitement réalistes: le plissé des habits, les poils de la barbe, les coiffures et la fière posture en témoignent. J’ai l’impression que ces figures pourraient renaître à la vie à l’instant même. Je poursuis ma découverte en essayant de me représenter la cité dans son état original. Ce n’est pas si simple, mais je découvre foule de détails, ici une décoration raffinée, là une rosace aux formes parfaites. Il semble que chaque pierre ait été décorée avec goût et raffinement. Et chaque fois je me demande comment les ouvriers de l’époque ont fait pour dressser ces colonnes de 20 ou 30 mètres de haut.

C’est Darius, l’empereur achéménide, qui décida en 520 avant notre ère de construireTakht-e Jamshid, “Trône de Jamshid” (Persépolis est le nom donné par les Grecs). Mais il fallut 120 ans pour que l’ensemble soit réalisé sous la forme d’une cité de représentation destinée à montrer aux ambassadeurs et autres hôtes étrangers toute la grandeur et la magnificence de l’empire perse. C’est ici que se retrouvaient annuellement les représentants des pays qui composaient le royaume perse, 28 contrées tributaires différentes de langue, de moeurs et de culture. Lors du Noruz, pour fêter l’arrivée du printemps, de grandes fêtes étaient organisées à Persépolis, on y mangeait tout ce que l’empire produisait, on y rencontrait des émissaires de toutes les civilisations voisines ou lointaines, on échangeait idées et opinions dans une “chatroom” vivante sans autres moyens de communication.

Je termine ma visite devant l’ouvrage le plus étonnant à mes yeux, le grand escalier du palais qui supporte une frise splendide et parfaitement conservée représentant les délégations de 23 peuples venus rendre tribut à l’empire. On reconnaît l’origine de chacune à ses vêtements, à sa coiffure et aux présents qu’elle apporte. Dans les paroles de mon guide qui me décrit chacune d’entre-elles, j’entends l’histoire de la Perse dont chaque Iranien est fier. Je ne peux détacher les yeux de ces bas-reliefs exceptionnels, dont chaque détail raconte un bout d’histoire non seulement de la Perse mais aussi des peuples souvent lointains qui lui étaient liés. Je ne me lasse pas de ce spectacle et je pourrais encore rester ici des heures. Mais je dois continuer, d’autres découvertes m’attendent dans ce pays magnifique.

CK

Japon - A la découverte d'Ise

On arrive à Ise par le bus, le train, le taxi. Parfois en car. Un immense parking et des messieurs très gentils, un peu âgés, en uniforme bleu, casquette bien droite, qui agitent des bâtons d'agents de police pour aider les énormes cars à se garer. Des groupes. Encore des groupes. Des visiteurs, des pèlerins, des curieux. Des familles entières qui viennent ici pour une occasion spéciale, plusieurs générations confondues. Des collègues en excursion ou visite d'entreprise. Quelques tout jeunes couples avec un bébé.

On traverse le pont de bois qui enjambe la rivière. On s'arrête un instant sur le pont, regarder la rivière qui coule à flots rapides. On écoute le bruit de l'eau, le vent dans les arbres. L'automne s'annonce. Il fait frais ce matin. On passe sous les torii, portiques qui dans le shinto séparent un espace profane d'un espace sacré. Sacré. On arrive dans un espace sacré. On entre chez la déesse du Soleil, ancêtre de l'empereur du Japon. Rien de moins. Cet endroit, c'est la résidence terrestre qu'ont construite les hommes pour la déesse de l'astre. Une fois déjà, dans la mythologie japonaise, elle s'est cachée au fond d'une grotte. La terre entière s'est alors trouvée plongée dans l'obscurité. On prend donc soin d'elle. On la vénère, on la soigne, on lui offre des danses, des cadeaux, de la musique. Les visiteurs viennent chercher sa bienveillance. Les prêtres et les prêtresses veillent à l'entretien de sa résidence terrestre, à l'entretien de ses possessions, miroirs, vêtements, tissus, peignes. Chaque 20 ans, depuis plus de mille ans, le sanctuaire est reconstruit à l'identique. Chaque 20 ans, on démolit le sanctuaire ancien, abîmé par les pluies et les intempéries, on répartit les poutres récupérées à travers tout le pays et on reconstruit le sanctuaire sur la parcelle voisine. Les cryptomères et les pins dans le parc assistent à ce manège depuis le 8ème siècle. Silencieux, majestueux, ils semblent conserver leurs secrets. Seul le vent les fait parler. On se sent tout petit, plein de respect, d'admiration. De questions aussi.

Le Grand Sanctuaire d'Ise, sanctuaire shinto le plus important du pays, abrite le miroir d'Amaterasu. Un miroir en bronze, qu'on imagine rond, ciselé, délicat. On ne peut que l'imaginer. Pas d'images, pas de photos. Seul l'empereur peut le voir. Et quelques prêtres shinto qui remettent à l'empereur le miroir, le sabre et le joyau sacré lors des cérémonies d'intronisation d'un nouvel empereur.

On continue la visite, imprégné du lieu, à l'écoute du vent qui souffle dans les pins. Les Japonais ont fait très attention à leur tenue. Tous très chics, très formels, de noir vêtus. Sombres, sobres, élégants. On ne vient pas tous les jours présenter ses hommages à la déesse du Soleil. Aucun étranger. Ou presque.

On reprend le chemin qui mène au pont. Le sanctuaire principal, caché derrière une palissade. Le visiteur, qui n'en a aperçu que le toit et ses rondins sur la chaume, repart le coeur léger. L'âme pure. L'estomac creux. Le pont traversé, on retrouve l'agitation des touristes japonais qui se pressent dans les échoppes, les troquets et vers les stands qui grillent du calamar. Une petite glace au matcha et tout va bien.

Christine Escurriola Tettamanti