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Voyages privés en Asie - Horizons 2018-2020
Voyages privés en Asie - Horizons 2018-2020
Premiers regards 2019-2020
Premiers regards 2019-2020

Liste des Chroniques

Un hiver à Jaisalmer

Inde, Jaisalmer
Inde, Jaisalmer
Inde, Jaisalmer
Inde, Jaisalmer

Noël 1978. J’ai pris mes quartiers d’hiver dans un nid d’aigle, au sommet d’une citadelle tout droit sortie d’un conte des mille et une nuits: Jaisalmer. Et comme le lieutenant Drogo du Désert des Tartares, je scrute le désert qui s’étend au-delà des murailles.

La vielle ville somnole sous les frimas. C’est un régal de baguenauder, musarder, flâner, rêver et errer sans but dans le dédale des ruelles de cette ancienne cité caravanière pour admirer le travail des bâtisseurs de l’époque et la magnificence des temples jaïns emboîtés les uns dans les autres. Pendant près de mille ans, les caravanes chargées de soies, d’épices ou d’opium se préparaient à affronter la redoutable traversée du désert du Thar sous la menace constante des pilleurs. De redoutables guerriers, les Rajputs Bhattis, étaient chargés de leur protection. Les princes rajput édifièrent la puissante citadelle qui domine le paysage et les marchands bâtirent de somptueuses maisons, les fameuses havelis aux façades couvertes de dentelles de pierre et de bois, formant un véritable labyritnhe de cours et de terrasses.

Mon stamm est l’auberge de la famille princière rajput de Virendra, taillée dans l'épaisseur de la muraille. La maman fait la cuisine à même le sol sur un feu de bois et les fils s'occupent des hôtes qui se retrouvent tous en fin de journée dans la cour autour d’un brasero pour se réchauffer, échanger les derniers potins, déguster les plats et boire sans retenue, sous les étoiles.

Les jours, les nuits, les semaines s’écoulent mollement. L’éloge de la paresse semble être le mot d’ordre. Personne ne veut poursuivre son chemin. C’est l’occasion de passer de maison en maison boire le thé, chiner de magnifiques miniatures, lire. Tiens, que recèle la bibliothèque de l’auberge où les voyageurs abandonnent les livres lus: A la recherche du temps perdu, Tess d'Urberville… mais qui sont ces lecteurs qui sont passé dans ce bout du monde, aux confins de ce désert, porte d’entrée du Pakistan? Voilà une belle occasion de se plonger dans le monde de Proust et Thomas Hardy confortablement installés sur le toit de l’auberge! L’aurais-je jamais fait autrement?

Pour nous secouer de notre léthargie, Virendra organise une équipée dans la campagne et nous emmène dans le château de ses ancêtres dans le village d'Harsolao, bâtisse délabrée mais pleine d’histoires et de fantômes. Une vieille cotte de mailles trône dans le salon, souvenir des temps anciens et glorieux. Pour le repas, une chèvre est décapitée au sabre après une cérémonie religieuse, puis cuisinée sur le foyer. A la nuit tombée, nous partons chasser la gazelle en jeep à la lueur des phares, avec les vieilles pétoires des ancêtres. La soirée se termine sur les remparts à manger le gibier et boire le daru, l’alcool local fabriqué à la maison. Après la chasse, Virendra nous emmène pour une virée de quelques jours à dos de dromadaires dans le désert du Thar pour nous initier à la vie nomade. Grâce au daru qui coule à flots, les nuits à la belle étoile au creux des dunes près du feu, dans l’odeur forte des dromadaires qui blatèrent toute la nuit, nous font oublier nos fesses endolories.

Mais le printemps se pointe, le départ est proche et les larmes aussi. Virendra et les siens seront pour toujours dans nos cœurs.

Un salut ému à celles et ceux qui se reconnaîtront dans cette chronique hivernale du Jaisal Castle.

CL

Un pont vers le Bhoutan

Bhoutan
Bhoutan
Bhoutan
Bhoutan

Aujourd’hui le soleil est au rendez-vous, journée parfaite pour aller musarder dans la forêt de Finges à la recherche du pont bouthanais qui enjambe l’Illgraben. Après quelques heures de marche, le voilà qui apparaît à un détour du chemin, les drapeaux de prière flottant au vent et son chörten blanc si peu insolite et si bien inséré dans son décor valaisan. Construit en 2005 sous la direction d’un ingénieur bhoutanais, ce pont suspendu symbolise le lien qui unit nos deux pays de montagnes déjà depuis les années 50.

Nous traversons le pont et nous voici transportés au Bhoutan. Les souvenirs d’un voyage dans ce pays au-delà des nuages affluent: un ciel menaçant chargé de lourds nuages de mousson qui oblige l’avion à se dérouter sur Calcutta car la piste de Paro, dans son cirque de montagnes, n’est pas accessible, un nouvel essai le lendemain à l’occasion d’une éclaircie, l’émotion en posant le pied dans ce pays si longtemps imaginé et espéré. Nous voilà au pays du «Dragon-Tonnerre», ce pays qui a inventé le BNB, ce concept emblématique du Bonheur National Brut qui fait la fierté de ses habitants et sa renommée dans le monde entier. Nous partons les yeux grand ouvert à la découverte de ce petit royaume enclavé entre la Chine et l’Inde au charme indéniable, avec ses montagnes si belles qui se profilent à l’horizon, ses forêts denses, ses monastères en sentinelles majestueuses, ses dzongs comme des forteresses, ses maisons aux toits de pierres et de bardeaux si semblables à celles de nos villages alpins.

Au fil de la route qui serpente en lacets serrés à l’assaut de cols escarpés et vallées profondes, nous observons la vie qui se déroule sous nos yeux: paysanne se rendant au marché avec son bébé ficelé dans une sacoche accrochée au flanc d’un cheval, rizières, champs de sarasin et de pommes de terre, maisons aux fenêtres peintes de motifs colorés, ponts couverts, moines cheminant le long de la route engagés dans une longue discussion.

Un petit trek de trois jours depuis la vallée de Bumthang nous plonge au cœur d’une nature très préservée. Le camp monté le soir au bord d’une rivière qui chantonne est promesse d’une belle nuit bercée par les seuls bruits de la forêt et de l’eau. Les habitants que nous croisons sont francs et conviviaux et dégagent une belle aisance dans leur costume traditionnel. La robe des femmes, kira, est une simple pièce de tissu enroulée autour du corps et attachée de chaque côté des épaules. Une belle ceinture de tissu complète cet habit. Avec leurs cheveux souvent coupés court, elles ont un petit air frondeur. Tandis que la pièce de tissu des hommes, go, est remonté jusqu’au genoux et serré à la taille par une ceinture. Chaussettes montantes noires et souliers bas ou bottes complètent cette fière tenue. Au cours de cette balade, nous traversons des pâturages où paissent des yacks, longeons des villages bordés de haies de rhododendrons géants et de barrières de bambou tressé, admirons l’art de détourner l’eau des torrents pour alimenter un moulin à prières et pour arroser les champs. Un arrêt dans une famille nous permet de déguster le plat national, le hemadatsi, composé de piments dans une sauce au fromage. C’est tellement fort que les larmes nous montent aux yeux!

Notre périple touche à sa fin. Mais avant de quitter le pays, nous grimpons jusqu’au célèbre monastère de Taksang, «la tanière du tigre», accroché à la falaise surplombant la vallée de Paro, un des lieux de pèlerinage les plus vénérés du monde himalayen. Le monastère doit son nom à Padmasambhava qui serait venu là depuis le Tibet en volant sur le dos de sa parèdre indienne transformée en tigresse volante pour effectuer ce voyage. Avant d’escalader le dernier escalier vertigineux qui mène au monastère, nous profitons de la vue magnifique qui récompense du bel effort de la montée!

Pas de tigre volant pour nous, mais un avion pour survoler l’Himalaya en direction de Kathmandu. Nous reviendrons, c’est sûr. Le hemadatsi nous manque déjà...

Tashidele!

CL

Iran, à la croisée des chemins

Iran
Iran
Iran

Pour la deuxième fois, j’ai rendez-vous avec Ferdowsî, le poète du Xe siècle qui, après l’invasion arabe, a sauvé la langue persane et donc une bonne part de la civilisation qui l’a vu naître. Le 15 mai, les Iraniens célèbrent son anniversaire autour de son tombeau qui est devenu le monument le plus visité d’Iran. D’emblée, nous sommes considérés comme des hôtes de marque et on nous déniche des sièges au premier rang. Par milliers, les gens se pressent près du bassin et dans le parc ombragé, bavardent, rient, écoutent les discours officiels, suivent les représentations de chants et de danses qui illustrent de longs passages du Shâh Nâhme, le Livre des rois, récit de l’histoire iranienne jusqu’à l’arrivée de l’islam, épopée mythique mettant en scène Rustam luttant contre les forces maléfiques, le livre que l’on trouve dans chaque ménage, à côté d’un Coran.

Les Iraniens portent dans leur coeur et célèbrent fréquemment leurs grands écrivains qui étaient aussi poètes, philosophes, médecins, astronomes ou mathématiciens. Des rencontres ont lieu, sont organisées à ce sujet ou spontanées comme je l’ai vu sous les ponts d’Ispahan, où jeunes et vieux s’affrontent dans des concours de déclamation chantée des vers de Saadi, Hafez ou Khayyam.

La renommée de ces humanistes et libres-penseurs (pourtant Hafez signifie “Connaît le Coran par coeur”!) s’étend bien au-delà de l’Iran. Devant le tombeau de Ferdowsî, des représentants de sociétés d’écrivains et de poètes de divers pays et même des ambassadeurs de pays voisins, prennent la parole. On comprend alors l’immense rayonnement qu’a eu la culture perse au cours des siècles et l’attrait qu’elle génère encore dans tout le Moyen-Orient.

Située à la croisée des chemins entre d’autres civilisations, chinoise, indienne, babylonienne, égyptienne, grecque, romaine, kuchan, hittite ou turque, cette terre de déserts parsemée de verdoyantes oasis a su assimiler tout ce que les autres cultures avaient de bénéfiques. Cent fois conquise, détruite, rebâtie par des envahisseurs venus de tous les horizons, la Perse a su conserver son caractère propre et son rayonnement particulier. Se plonger dans l’histoire de la Perse, c’est comprendre une bonne partie de l’histoire de l’humanité, de ses déchéances et de ses grandeurs, de ses bouleversements et de ses mélanges, de sa lente et inéluctable avancée au-delà de la volonté humaine, de ses rapides conquêtes et fulgurantes défaites.

Aux frontières de l’Iran, l’Afghanistan, l’Irak et la Syrie et plus loin la Libye et le Yémen subissent l’intervention des puissances occidentales et wahhabites sous la bannière des Etats-Unis d’Amérique, dont les dirigeants particulièrement incultes devraient plutôt s’inspirer de la sagesse de la littérature persane pour comprendre comment va le monde plutôt que de se laisser engloutir dans des aventures aussi vaines que sanglantes.

Une nouvelle fois à la croisée des chemins et de son destin, l’Iran saura-t-il garder la tête froide face aux bruits de bottes et ne pas répondre aux provocations ? Réponse dans le Shâh Nâmeh.

FL

JAPON, entre ombres et lumières

La première fois que j'ai foulé le sol japonais ce fut un choc culturel pour moi, amoureuse de l'Asie depuis longtemps. Tous mes repères envolés, mes certitudes remises en question et la fascination au rendez-vous : traditions fortes, passionnante histoire féodale mêlant shoguns, samouraïs, honneur et châteaux-forts, littérature abondante et écrivains d'une grande sensibilité, jardins façonnés, jardins de pierres et de sable, céramiques translucides, subtils haïkus, le thé comme un poème, les sushis comme des œuvres d'art, les kimonos comme des tableaux, un monde nouveau s'ouvrait à moi et j'ai réalisé qu'une vie d'européen ne suffirait pas à pénétrer au cœur de cet univers d'ombres et de lumières.

L'ombre justement, ou la pénombre, est l'expression pure du beau dans la pensée japonaise. Pour comprendre la magie et la subtilité de l'ombre dans une maison traditionnelle japonaise, un pavillon de thé, un spectacle de théâtre nô, un jardin de mousse, ou une allée semée de lanternes, plongez-vous dans le merveilleux livre «Eloge de l'ombre» de Junichirô Tanizaki, à déguster à petites gorgées comme un bon vin.

Kaki mis à sécher
Sur les écrans de papier
Ombres folles du crépuscule
Jôsô (1661-1704)

Ce pays si ancré dans ses traditions a aussi développé l'art et l'architecture contemporains avec cette même conception de l'esthétique qui sait capter les ombres et les lumières. Laissez-vous surprendre et émerveiller en suivant les pas de ces architectes qui font preuve d'une belle créativité. Tel Tadao Ando qui a conçu un univers unique au monde de musées et d'oeuvres d'art disséminés en pleine nature dans trois petites îles de la mer intérieure : Naoshima, Teshima et Inujima. Vous pouvez ensuite poursuivre votre périple à Kobe où Tadao Ando a édifié le «Water Temple» qui présente un changement radical dans la tradition millénaire de la construction de temples au Japon où le caractère sacré du lieu est accentué par l'utilisation de l'ombre et de la lumière; ensuite partez vous balader dans le quartier Minato Mirai 21 à Yokohama, puis ouvrez grand les yeux à Tokyo où les réalisations architecturales contemporaines rivalisent d'audace et de créativité : des bâtiments visionnaires où les grandes marques ont pris leurs quartiers telles Swatch, Tiffany, Louis Vuitton, Sony Building et bien d'autres encore. Sans oublier les musées d'art contemporain qui ont essaimé à travers tout le pays et qui méritent votre visite.

Vous aimez la nature? Alors complétez votre périple en allant vous promener dans l'île de Yakushima réputée pour être l'une des plus belles destinations du pays : les trois quarts de sa surface sont recouverts d'une végétation luxuriante de cèdres plusieurs fois centenaires et de mangrove.

A quand votre prochain départ ?

CL

La Chine? Ma Chine!

Shanghai, soirée noire et pluvieuse de 1975, une limousine vintage noire nous emmène par la Rue du Peuple vers le Bund, éclairage public parcimonieux, ni magasin ni restaurant ni piéton. La vie derrière les portes fermées. J’avais lu “Mourir pour Shanghai” d’Albert Londres, l’opium et les concessions étrangères et je ne retrouvais rien. Pékin, octobre 1976, Mao est mort, la ville s’arrête et retient son souffle. Certains pleurent, appuyés contre un arbre, je relis Equipée de Segalen. Harbin, 1977, l’énergique cheffe dresse l’inventaire de sa commune populaire. Parmi les milliers d’hectares, tonnes de céréales, camions, tracteurs, vaches, chèvres, on trouve aussi quelques centaines de “boucs émissaires”. La rhétorique de la Révolution culturelle et le Petit Livre Rouge ont encore une place dans les étables loin de la capitale. Lhasa, 1987, j’arrive devant le Potala après 1'200 km d’une route poussiéreuse et chaotique. De mes deux enfants de 12 et 10 ans, l’un joue au foot avec les gosses du quartier en tapant dans une boîte de conserve vide, l’une s’initie au marchandage avec un farouche guerrier kham. Chengdu, 1992, rire aux éclats en buvant quelques litres de bière dans une gargote avec de rudes camionneurs des espaces infinis, petits de taille, debout sur l’accélérateur et heureux de vivre.

Ces quinze premières années de voyages en Chine m’ont conduit dans toutes les provinces, des forêts de Mandchourie à la jungle du Yunnan, des déserts de Gobi aux plages de la Mer de Chine, des sommets himalayens au delta du Yangtsé, j’y ai rencontré les Chinois de souche, si différents selon qu’ils viennent du Sud ou du Nord, mais aussi beaucoup des 56 nationalités qui forment le kaléidoscope de cet immense pays, animistes miaos, bouddhistes tibétains, musulmans ouïgours et d’autres encore. J’ai découvert un pays complexe très éloigné du monolithe décrit chez nous, un pays engagé de toutes ses forces et de toutes ses énergies vers l’avenir, un pays de la taille d’un continent avec une variété incomparable de paysages, de climats, de moeurs, d’ethnies, de développement.

Puis, pendant vingt nouvelles années, suivre de près l’évolution de la Chine, observer les orientations et les changements, constater dans le concret de la vie quotidienne l’effet de ces politiques, s’étonner que, malgré ses innombrables contradictions, elle n’ait pas explosé, admirer qu’elle ait, en si peu de temps, sorti plusieurs centaines de millions de personnes de l’extrême pauvreté, s’émerveiller devant le raffinement de sa peinture et de sa poésie ou la richesse de son écriture, la seule à avoir traversé plusieurs millénaires jusqu’à nous. Et trouver dans son histoire les clés de la compréhension. L’histoire d’une civilisation, d’une culture, d’une philosophie fondées sur l’unité et l’harmonie des contraires, le ying et le yang, le dehors et le dedans, le vide et le plein, l’imaginaire et le réel, en toute chose et en toute circonstance.

Le voyage en Chine est une porte entrouverte sur un monde différent, déroutant souvent, agaçant quelque fois, passionnant toujours. Il n’y a qu’une Chine, la même pour chaque visiteur, seules changent les lunettes à travers lesquelles on la regarde. Et le voyage, c’est précisément cela: (oser) changer de lunettes.

FL

“Je vous emmène”: Ainsi naît un projet de voyage

«Du fond du cœur merci infiniment pour tout! Notre voyage a été extraordinaire et nous a offert une belle ouverture d’esprit sur le monde!». C’est sur ces paroles que les participants de mon dernier voyage en groupe me quittent il y a tout juste quelques semaines. Il est difficile d’exprimer combien ces mots me touchent. Ils sont la plus belle récompense pour tous ces mois, ces années même, passés depuis la naissance de cette idée de voyage.

Plus de deux ans se sont écoulés depuis qu’un projet s’est formé dans ma tête d’un nouveau voyage traversant plusieurs pays et reliant les cultures de la Route de la Soie pour les découvrir de manière approfondie et mieux les comprendre. J’ai plusieurs fois cheminé sur les Routes de la Soie, mais sans avoir le temps de m’y plonger réellement. Avec ce nouveau voyage, je veux donner aux participants le temps nécessaire à certains endroits-clés pour explorer le contexte et mettre en évidence les liens et les rapports entre les choses. Je veux que, chaque jour, apparaisse un nouvel élément de découverte et de compréhension, à un rythme équilibré entre nature, culture et rencontres. C’est ainsi que, peu à peu, un itinéraire est apparu réunissant ces conditions et j’ai pu passer à sa réalisation.

Il faut consacrer passablement d’énergie pour élaborer un document de présentation, car comment décrire de manière claire et convaincante un voyage qui se déroule sur 10 semaines et touche autant de cultures différentes. Puis, il faut transmettre l’information, informer les amis voyageurs, passer des annonces, organiser des présentations publiques, répondre aux questions. C'est un véritable défi de trouver suffisamment de participants pour un voyage de 10 semaines aussi contrasté. Parfois, je suis saisie d’un doute, mais toujours les encouragements me remettent en selle et je garde confiance.

La première tentative en 2015 n’est qu’un demi-succès, mais en 2016 nous sommes une douzaine à nous lancer dans l’aventure. Dès la première réunion de préparation, les participants font connaissance et s’approprient rapidement le projet pour en faire “leur” voyage, chacun prenant conscience de l’importance de son engagement pour contribuer à sa réussite, anticipant le plaisir de partir dans une entente parfaite.

Notre voyage est placé sous une bonne étoile et chacun admire qu’une organisation aussi complexe se déroule sans anicroche. Pour certains, le centre du continent eurasiatique est une première et c’est un monde nouveau, intéressant et riche de contrastes qu’ils découvrent. Un autre, qui voyage pour la première fois dans un pays musulman, s’étonne de l’accueil chaleureux et de l’ouverture d’esprit qui nous sont réservés. D’autres, qui visitent certaines régions pour la deuxième ou troisième fois, s’attachent aux détails et en profitent pour approfondir leurs connaissances. Découvrir ainsi l’une après l’autre ces cultures si différentes qui ont rayonné jusqu’à nous, permet de saisir leurs contextes géographiques et historiques et les liens qui les unissent, les rapprochent ou les tiennent éloignées. Chaque jour nous sommes confrontés à de nouvelles questions, cherchons de nouvelles explications, plongeons dans un autre quotidien face à d’autres destins.

Que ce soit le premier ou le dixième voyage sur les Routes de la Soie, on s’en retourne toujours un peu différent et enrichi, le plus souvent avec le désir d’en apprendre encore plus, que ce soit dans des livres, des films, des expositions ou des conférences ou par d’autres voyages, pour mieux comprendre ce monde qui nous a été donné de découvrir.

A mon tour de vous dire un grand merci, groupe magnifique qui chaque jour s’est laissé guider en terre inconnue avec enthousiasme, intérêt et patience. Vos sourires et vos émotions donnent un sens à mon travail et la motivation de créer de nouveaux projets qui permettent à chacun de découvrir le monde avec un autre regard et le comprendre un peu mieux.

CM

Le voyage Cultures des Routes de la Soie est reconduit en 2017, avec un itinéraire légèrement réduit à sept semaines mais toujours aussi attrayant.

The Great Silk Road 2017

Assis sur la plus haute marche du théâtre antique de Termessos, mon regard hésite entre les infinis vallonnements de l’Anatolie à ma gauche et les eaux émeraudes de la Méditerranée à ma droite. J’ai encore les images de Phaselis, Pinara ou Aspendos en mémoire et bientôt d’autres danseront dans mes yeux comme dansent les jeunes filles de Sagalassos. Deux mille ans me séparent de la révolte d’Antigone et des Parques tranchant le destin des hommes. Plus loin, je retrouverai les cathédrales des premiers chrétiens creusées dans la falaise pour se protéger de la persécution romaine.

A Persépolis, il me suffira de fermer les yeux pour imaginer la frénésie des soldats d’Alexandre le Grand occupés à piller et enflammer la capitale bâtie par Cyrus et Darius 3 siècles plus tôt, ce même Alexandre qui organisera un empire prélude au monde moderne. Sur la place du Régistan, les habitants de Samarcande vaqueront dans le marché ou assisteront à quelque exécution publique (à l’époque déjà, on tranchait les têtes) au pied des plus belles médersas du monde musulman.

Plus loin encore, ce seront le rappel des sinistres manœuvres du “Grand jeu” par lequel les puissances du XIXe siècle se sont disputé l’Asie centrale, l’incroyable ferveur du bouddhisme tibétain qui a dressé des milliers de monastères au creux de chaque vallée et au pied de chaque sommet, la finesse de la culture chinoise, jusqu’au raffinement de l’ancien Palais d’été de Pékin, détruit par les troupes anglaises et françaises, dont Victor Hugo a dit “Un jour, deux bandits sont entrés dans le palais d'Été. L'un a pillé, l'autre a incendié… L'un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l'autre a empli ses coffres; et l'on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant”.

Sur ces routes qui ont vu avancer les caravanes lourdement chargées de biens échangés entre l’Orient et l’Occident, marcher les pèlerins de toutes les religions, se rencontrer toutes les grandes civilisations et s’affronter de grandes armées, l’histoire se mélange, se recoupe, s’accumule en couches successives et l’on y rencontre toutes les grandeurs et toutes les bassesses de l’humanité.

On découvre aussi, dans des paysages souvent à couper le souffle, des pays et des peuples qui s’éveillent et qui bâtissent leur monde avec énergie et rapidité. Les nouveaux moyens de communication et de transport nous ont rendu le monde plus accessible et nous nous apercevons avec enchantement qu’il est beaucoup plus vaste et son histoire beaucoup plus riche qu’on le soupçonnait. Il suffit dès lors d’ouvrir ses yeux et son esprit, pour découvrir, apprendre et, qui sait, comprendre.

Il en est ainsi de chaque voyage sur les routes de la soie.

FL