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Voyages privés en Asie - Horizons 2018-2020
Voyages privés en Asie - Horizons 2018-2020
Premiers regards 2019-2020
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Liste des Chroniques

05.05.2008

Expédition 2008 - Bye bye!

Dans peu de jours, je serai avec une quinzaine de compagnons de voyage sur les routes vers l’Asie, par les villes encore un peu endormies des Balkans, les paysages sauvages des Carpates et la Mer Noire. Il y aura d’abord les bulbes dorés des cathédrales orthodoxes, les peintures effrayantes d’adorables églises en bois de Roumanie et les escaliers d’Odessa qu’Eisenstein a mis en scène pour le Cuirassier Potemkine. Puis ce sera Rostov-a-Donu qui changea dix fois de main lorsque les cosaques blancs affrontaient les bolchéviques, Stalingrad, où la terrible bataille de l’hiver 42-43 changea le cours de l’histoire, et Astrakan sur les rives de la Caspienne. Devant nous, c’est un livre d’histoire qui déroulera ses pages exaltantes ou désolantes de l’aventure humaine, ses images de paysages sublimes ou décharnés, avec ses rencontres enrichissantes à chaque détour de la route. Nous découvrirons l’extraordinaire variété des langages, des coutumes, des cultures, des odeurs, des musiques et des cuisines qui jalonneront notre périple. Nous sommes dans ce voyage depuis des mois, engagés dans des réservations compliquées et des discussions sans fin pour que tout se passe bien. Nous avons essayé de soigner chaque détail, mais je sais déjà que chaque jour amènera son lot de surprises, car toute expédition, même parfaitement préparée, n’est qu’une suite d’incertitudes. Alors, je vous donne rendez-vous dans les prochaines “Chroniques de voyages” pour la suite de nos aventures.

FL

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21.05.2008

Slovénie - Croatie - Ukraine

Le Théâtre de Marionnettes de Ljubljana est un bijou. La salle peut contenir une quarantaine de personnes, mais à cette séance nous n’étions qu’une dizaine d’enfants et autant d’adultes. La scène est au moins aussi grande que la salle. Châteaux de papier mâché, maisons hantées, gouttières acrobatiques et sombres ruelles forment un décor rocambolesque dans lequel se déploient les marionnettistes masqués à peine visibles. Pendant une heure, ils nous ont conté l’histoire merveilleuse du chat qui couve un oeuf pour en faire naître un poussin et bien sûr le croquer ensuite. Mais la vie n’est pas aussi simple et notre chat finit par s’attendrir devant ce poussin malingre qui l’appelle papa. Il l’adopte et il ira même jusqu’à le défendre, avec d’autres compères matous, hilares et complices, contre les sournoises attaques de rats mécaniques et effrayants. Ce petit théâtre est un miraculé, un survivant dans un monde qui s’uniformise à tout crin, où le rêve européen induit les mêmes comportements, le même habillement, les mêmes produits, les même affiches publicitaires et où le seul exotisme semble être le regard arrogant et un peu bestial des nouveaux riches qui s’exhibent en tenues extravagantes dans de grosses voitures alors que les nouveaux pauvres font la manche au coin des rues. Pourtant, il suffit de passer une rue, de s’attarder sur un banc, de courir vers une rumeur ou une musique pour que la vraie vie et l’âme de ces pays s’ouvrent à nous.

Alors j’aurais aussi pu vous parler d’un petit musée de Zagreb, où j’ai découvert une collection de peintures naïves contemporaines touchantes et d’une grande beauté. Ou de ces scènes d’anthologie, dignes d’un film d’Emir Kusturica, avec des fanfares tonitruantes et un peu éméchées qui accompagnent de jeunes mariés depuis l’église jusqu’au banquet de noces. Ou encore des badauds, des familles, des couples de retraités qui se retrouvent dans un parc autour du château de Belgrade pour danser et chanter au son d’un accordéon de fortune, participer à de passionnantes parties d’échecs ou tout simplement pour bavarder. Mais aussi des superbes paysages du Danube près de la Porte de Fer ou des monts enneigés des Carpathes, des carrioles tirées par des haridelles efflanquées, des maisons cachées dans des bouquets de verdures.

Assis sur les escaliers d’Odessa, ceux d’Eisenstein et du “Cuirassier Potemkine”, je contemple les derniers rayons du soleil caresser la Mer Noire. On est parti, c’était hier, et c’est déjà comme si on était parti pour toujours! La route, interminable, s’offre à nous et les paysages défilent devant nos yeux, à la mesure du vaste monde. Les souvenirs se nichent dans un coin de la mémoire, autant d’images superbes et émouvantes que nous emportons avec nous.

FL

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Ouzbékistan - Le ciel nous tombre sur la tête

Ces oasis d’Asie centrale qui ont nom Khiva, Boukhara ou Samarcande ont été pendant des siècles des refuges pour les caravanes sur leurs longues pérégrinations entre l’Orient et l’Occident, des lieux où s’échangeaient non seulement les marchandises de toutes sortes, mais aussi les idées, les technologies, les philosophies. Pour nous, elles étaient encore des endroits bénis où, au sortir du désert surchauffé, nous retrouvions l’ombre des ormes, des peupliers et des érables, où l’eau coule sans fin dans des fontaines rafraîchissantes, où l’on peut sans hâte savourer un thé parmi d’agréables palabres.

Et c’est pourtant là, dans ces lieux privilégiés, que le ciel nous est tombé sur la tête: toutes ces autorisations, si difficiles à obtenir, pour traverser la Chine avec nos voitures, étaient soudain caduques, sous prétexte de garantir la sécurité de la flamme olympique ! Il va de soi que nous ne mettons pas en péril le parcours de la flamme, mais le fait que nous circulons, certes sur des routes définies à l’avance et dans des lieux dûment approuvés, mais de manière autonome, nous place parmi les électrons libres et incontrôlables, bêtes noires de toute autorité et de tout bureaucrate, quel que soit le pays.

Séance de crise, réflexions, recherche de solution se succèdent pendant 2 jours et finalement nous (tous les participants sauf deux) décidons de modifier l’itinéraire et continuer vers la Chine en passant par la Mongolie. Le choix était vraiment restreint; on pouvait soit interrompre le voyage et rentrer, déçu, à la maison, ou alors tenter le passage par une autre voie. Une fois la décision prise, s’engage alors une course contre la montre pour demander aux partenaires en Chine, Mongolie, Russie, Ouzbékistan, Khirghizstan, Kazakhstan de modifier, organiser, réserver les services dont nous pourrons avoir besoin, obtenir des autorités de ces mêmes pays les autorisations de séjour ou de passage pour nous-mêmes et nos véhicules, obtenir en quatre jours les quatre nouveaux visas nécessaires en se battant comme des diables contre des fonctionnaires qui ont élevé la mauvaise volonté au rang de règle de travail.

Et pourtant, petit ou grand miracle, nous avons obtenu entre Samarcande, Tashkent et Almaty tous ces permis, autorisations spéciales, visas indispensables pour continuer sur notre route. Un seul aurait manqué, une seule date déplacée et tout tombait à l’eau. Et pour y arriver, le téléphone, le mail et le fax ont chauffé entre Pékin, Moscou, Barnaul, Oulan Baatar et Lausanne et j’ai pu constater, mais je n’ai pas été étonné car je les connais depuis longtemps, que nos partenaires se sont mis en quatre pour que nous puissions continuer notre aventure. Nous avons même pu faire réviser les voitures, changer un pare-brise et 2 amortisseurs, acheter des matelas et quelques paires de chaussures!

Dans quelques jours, nous franchirons à nouveau la frontière russe, puis mongole, et nous serons alors au coeur des grands espaces, au pays du vent et des sources pures. Chacun se réjouit et j’admire ces compagnons de route qui ont si bien compris le sens du voyage. Cela me rappelle cette réponse d’Ella Maillart à un jeune homme qui lui demandait si c’était mieux de passer par le nord ou par le sud: “Si vous me posez la question, il vaut mieux rester chez vous”. Le but de notre expédition est de rejoindre Pékin par voie terrestre, et si nous ne pouvons pas le faire par le sud, nous passerons par le nord. Le monde est beau partout pour qui veut bien le voir.

Pourtant ces événements sont inquiétants. Il devient toujours plus difficile de voyager. Au nom de la lutte contre le terrorisme, on fouille, radare, contrôle, enregistre et menace tant qu’on peut. Chaque matin on se réveille un peu plus dans une dictature rampante, et un beau jour ce sera trop tard! Au nom d’un nationalisme imbécile, qui fleurit un peu partout et notamment dans ces pays d’ancienne Europe de l’Est, on réécrit l’histoire, on multiplie les obstacles et les embûches pour les citoyens, et on les met ainsi à la merci de bureaucrates ignares, de fonctionnaires corrompus et de flics véreux.

Le voyage a de tout temps été un vecteur de compréhension entre les peuples et les civilisations, une occasion de rencontre et d’échange. Il faut se demander pourquoi tout est fait maintenant pour empêcher le voyage! Par contre, on voit que tout est fait pour favoriser le tourisme bien encadré et bien lucratif, si possible derrière des barbelés et sans contact entre les gens.

Alors, nous allons continuer de profiter de notre chance et de notre liberté de voyageurs, jusqu’en Mongolie prochaine.

FL

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Des émerveillements et des ruptures

Les deux groupes se sont croisés à Pékin, sous un ciel d'orage et de chaleur humide et suffocante. Canard laqué, longues promenades dans les parcs de cette ville toujours “immense et calme”, découvertes des vieux quartiers et des sites des prochains jeux olympiques, puis les uns se sont préparés à leur retour et les autres à leur départ.

La même équipe nous attendait à la frontière mongole, avec un camion-cuisine plein de victuailles. J’avais opté pour un itinéraire modifié, un peu plus court, laissant plus de temps à l’observation et à la contemplation. La Mongolie est si grande que l’on peut la traverser dans tous les sens sans jamais rencontrer les mêmes paysages, les mêmes couleurs, les mêmes troupeaux! La saison était plus avancée, la steppe avait verdi, la température était plus clémente. Deux semaines plus tard, à la sortie du pays, les souvenirs se bousculent et il me faudra encore très longtemps pour les trier et les classer, pour les conserver comme de précieux témoignages d’une expérience unique. Il y a eu ces campements dans le Gobi, sous le seul arbre à des dizaines de kilomètres de distance, ou au pied de rochers couverts de pétroglyphes alors que dans le ciel tournaient lentement les aigles, faucons ou éperviers, les nuits au bord des lacs d’altitude où se retrouvent par milliers grues noires, mouettes, canards, oies, cormorans et d’innombrables échassiers dont les noms me sont inconnus, une soirée à chanter et danser dans une invraisemblable station thermique à 2300 m d’altitude, et cette dernière nuit près de la frontière, où Baloo, le chauffeur du camion, un colosse capable de trouver sa route dans l’entrelacs de pistes parfois à peine visibles qui sillonnent le pays, Samba, notre jeune guide, Arka le cuisinier et Jagath nous ont préparé un agneau à la mode mongole, cuit avec des pommes de terre et des carottes, et copieusement arrosé de vodka.

Tout au long de ces milliers de kilomètres à parcourir des pistes défoncées, parfois périlleuses, à travers le sable ou la roche coupante, à franchir quelques rivières tumultueuses qui nous ont donné de vrais frissons, nous avons accumulé des centaines d’images qui, au cours des prochains mois, se mettront peu-à-peu en place dans notre grand tiroir à souvenirs. Et parmi celles-ci, ce sera probablement celle du sourire de notre équipe d’accompagnement qui sera la plus forte!

Puis il a fallu se séparer, nous avons continué notre route, ils sont repartis en arrière, chercher d’autres visiteurs pour leur faire découvrir leur magnifique pays.

Le voyage est une succession d’émerveillements et de ruptures. En quelques jours, on se parle beaucoup, on échange d’innombrables expériences de vie, on se rapproche et on se lie d’amitié. Puis il faut se séparer. Les uns continuent leur route, la tête pleine de belles images, mais que laissent-ils derrière eux ? Si tout va bien, comme l’a relevé notre guide Samba, le souvenir de gens polis et respectueux, ce qui est certainement le plus beau des compliments! Les autres, ceux qui restent, doivent se contenter de bien peu: La satisfaction du travail bien fait, l’espoir que nous avons aimé leur pays et l’illusion que nous ne les oublierons pas, pas immédiatement du moins.

Je m’en souviendrai, plus loin sur notre route, lorsque nous devrons nous séparer de Léna, de Elvira ou de Otabeg: Dans leurs yeux, le trouble et les larmes étaient sincères!

FL

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13.08.2008

L’aridité et la courtoisie

Les terres d’Asie centrale sont un mystère et une fascination. Au carrefour de grandes civilisations, babylonienne, égyptienne, grecque, romaine, indienne ou chinoise, elles ont su créer, grâce au génie de leurs peuples, de brillantes cultures qui ont laissé des traces jusqu’à aujourd’hui. Objets de toutes les convoitises, elles se trouvaient sur la route des conquérants et ont été cent fois prises, détruites et ruinées, mais se sont aussi toujours relevées de leurs cendres. Elles sont un exemple unique de mélanges, de métissages et de cohabitation.

Des bords de la Mer Noire aux confins de l’Altaï, ce ne sont que déserts de sable ou de sel, étendues de rocs et de pierre, steppes désolées et assoiffées, un monde d’aridité dans lequel quelques nomades plus ou moins sédentarisés poussent de vagues troupeaux de chameaux, de moutons et de chèvres. Parfois, quelques habitations ont fini par former des villages, puis des villes autour d’un point d’eau, d’une rivière ou d’une mine d’or aujourd’hui abandonnée. Certaines sont mêmes devenues des métropoles, avec grandes avenues ombragées, centres commerciaux et circulation chaotique.

C’est au milieu de tant d’aridité, que de splendides jardins ont fleuri qui ont pour nom Samarcande, Bouchara, Khiva, Isfahan ou Shiraz. D’autres, tout aussi beaux, ont été engloutis par les siècles et les sables.

Il semble qu’en Asie centrale l’éternelle opposition entre nomades et sédentaires, entre conquérants et bâtisseurs soit bien vivante. Le mépris des uns pour les autres, l’incompréhension soigneusement entretenue et le nationalisme inventé par les nouveaux gouvernants sont autant d’obstacles entre les peuples. Il suffit pour le constater de traverser toutes ces frontières, la plupart récentes, entre la Mongolie et le Turkménistan et d’affronter les douaniers ignares, incompétents, paresseux et malveillants peuplant les baraques crasseuses qui leur servent de bureaux. Rarement, il m’a été donné d’affronter une telle bureaucratie arrogante, qui pratique ouvertement et sans vergogne le racket des pauvres gens passant par là, qui ne laisse passer les camionneurs que contre d’abondants pots-de-vin ou des ennuis sans fin, et qui prend une heure pour remplir une ligne d’un grand cahier. Des formulaires à remplir par dizaines par des fonctionnaires qui savent à peine écrire et qui ont la fâcheuse habitude de lire les passeports à l’envers, mais des contrôles, aucun !

Pourtant, après l’aridité nomade, la courtoisie iranienne: Nous sommes accueillis à la frontière avec le sourire, de l’eau fraîche et des pâtisseries ! Dans ce pays de très longue histoire, salutations chaleureuses, paroles de bienvenues, mains tendues, thés et biscuits offerts sont élevés au rang d’art de vivre. Durant ces quelques jours, l’Iran n’a pu nous offrir qu’une partie de ses richesses, mais nous garderons certainement pour longtemps au fond du coeur la beauté de la vieille ville de Yazd, la splendeur de la Place royale, le rythme prenant du tambour accompagnant le récit du mordesh Ali dans un ancien zurkhane de quartier et la beauté miraculeuse de la Mosquée du Vendredi à Ispahan.

FL

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27.08.2008

Le retour

Parce qu'il fallait bien que cette belle aventure se termine, nous avons pris le chemin du retour. Sur notre route, de nouvelles images fortes se sont imprégnées dans notre mémoire: le Palais d'Itsakh Pasha se découpant dans la nuit claire sur les flancs du Mont Ararat, les somptueux paysages de lave de l'Anatolie orientale, les églises secrètes de la Cappadoce et les brochettes dégustées au bord d'une rivière dans la vallée oubliée de Soganli. Mais aussi, la vision à couper le souffle de Sainte-Sophie et de Sultanahmet depuis la terrasse du Seven Hills, le spectacle de la Corne d'or vue du café Pierre Loti, les éblouissantes mosaïques byzantines de l'Eglise St-Sauveur in chora, plus loin encore les paysages de montagnes et de mer de la Grèce, bénie des dieux, le Parthénon et Cap Sunio, le canal de Corinthe et le théâtre d'Epidaure. Et finalement, cette arrivée au petit matin à Venise encore endormie, avec ses toit dorés et ses campaniles émergeant de la brume, qui nous a rappelé que cette ville fut pendant des siècles le point de départ, et d'arrivée, des plus invraisemblables voyages à la découverte du grand monde. Deux mois, ou quatre, de voyage nous ont amenés au sommet du Gothard et c'est devant notre dernier repas ethnique, une croûte au fromage du pays, que nous nous sommes séparés, groggy, assommés par tant de bonheurs partagés, tant de beauté, tant de découvertes, tant de rencontres, tant d'émerveillements.

Puis chacun est rentré chez soi!

Ce fut une expédition, une vraie, pleine d'inconnues, et de risques aussi, parfois éprouvante pour le corps et pour l'esprit. Les difficultés ne sont déjà plus que des anecdotes, bientôt oubliées. La beauté du monde et des gens, les émotions, les émerveillements et la magie du voyage sont encore à écrire.

FL

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