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Voyages privés en Asie - Horizons 2018-2020
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Premiers regards 2019-2020
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Liste des Chroniques

25.05.2009

Yalta: Huit jours pour se partager le monde

En route depuis deux semaines, à nouveau en direction de l'Est, vers les steppes d'Asie centrale, la barrière himalayenne et les grands espaces de la Chine, nous faisons halte à Yalta. C'est dimanche, le soleil brille sur la Crimée et la Mer Noire accueille ses premiers baigneurs.

Rien ne justifie mieux un voyage que la confrontation avec d'autres cultures ou avec l'histoire. Ici, une trace indélébile a été laissée par la rencontre entre les vainqueurs de la deuxième guerre mondiale, réunis pendant huit jours pour décider de l'avenir du monde. Sur la table des négociations, les drapeaux de l'URSS, des Etats-Unis et de l'Angleterre sont encore dressés et les nombreuses photos laissent deviner comment s'est déroulée cette partie de poker entre géants. Premier étonnement, la conférence ne s'est pas tenue en terrain neutre, mais sur le territoire russe. Il fallait faire vite, la Russie était entièrement libérée, les troupes soviétiques n'étaient qu'à 60 kilomètres de Berlin et il fallait régler le sort de l'Europe. La France n'était pas invitée! Les Anglo-Saxons l'avaient longtemps considérée, avec son gouvernement soumis à l'Allemagne nazie, comme état ennemi et avaient hésité entre la placer sous administration militaire, comme un pays occupé, ou laisser de Gaulle lui redonner son honneur. Mais la guerre était loin d'être terminée, notamment en Asie où allait encore tomber à deux reprises la foudre atomique sur le Japon.

Sur les photos qui garnissent les salles de conférences du Palais, on voit Staline, les yeux mi-clos, serein, tirant sur sa pipe: Il sait qu'il a gagné la guerre. On voit Roosevelt, affaibli, le regard vague: Il sait que ses jours sont comptés et que son successeur devra gérer un nouvel ordre du monde. On voit Churchill aussi, rageur et mécontent, mais il n'y a pas vraiment sa place: Il sait que le soleil se couchera bientôt sur l'Empire britannique, que l'Inde et la Birmanie vont prendre le large incessamment, que les colonies africaines vont s'émanciper, que trois siècles de domination du monde touchent à leur fin.

Durant ces huit journées fatidiques de février 1945, trois hommes, avec leurs formidables armées dans le dos, vont mener d'âpres négociations, utiliser l'esbroufe et la menace, le sourire et le compliment, la tromperie et la manipulation, pour, coupe de champagne ou verre de vodka à la main, redécouper le monde à grands coups de ciseaux. Rien ne pouvait s'opposer à la logique et à la force des vainqueurs lors de cette gigantesque partie de poker menteur. Nous en ressentons les conséquences encore aujourd'hui.

Demain, nous reprendrons la route, direction Volgograd, l'ex-Stalingrad, pour une autre leçon d'histoire.

FL

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03.06.2009

Boukhara: Des hommes et des dieux

La mosquée Magok-I-Atari est une des plus anciennes d'Asie centrale. Construite au IXe siècle, plusieurs fois reconstruite par la suite, envahie par les sables puis enfouie sous plusieurs couches de civilisations, elle n'a été redécouverte qu'au XIXe siècle. Aujourd'hui, son entrée se trouve plusieurs mètres en dessous du niveau actuel de la rue. C'est un bijou qui interpelle les passants. Par sa taille modeste, un simple plan carré de quelque mètres ramassé sur lui-même, percé d'une entrée qui ouvre sur une seule salle couverte d'une coupole. A chaque angle, une minuscule tourelle pourrait figurer un minaret. Les murs extérieurs et intérieurs, en brique crue, sont d'une grande simplicité, mais son portique est somptueux. La seule décoration est donnée par la disposition raffinée des briques et deux colonnes torsadées venues d'un autre temps.

Sous les fondations, on trouve les restes d'un temple zoroastrien et, plus bas encore, ceux d'un temple bouddhique. Et on dit que, très longtemps, Juifs et Musulmans prièrent ensemble dans cet édifice. Ainsi ce lieu autrefois sacré a vu passer des hommes de toutes origines avec les dieux qu'ils s'étaient donnés. Ils étaient Egyptiens, Grecs ou Perses, accompagnés du vaste panthéon de leurs divinités, mais ils avaient fini par remarquer que, s'ils voulaient mettre de l'ordre dans le chaos de leurs affaires terrestres, ils devaient commencer par mettre de l'ordre dans leurs affaires célestes. On ne pouvait tolérer que, dans le ciel comme sur la terre, chacun n'en fasse qu'à sa tête. Un dieu tout puissant devait régner dans les cieux, à l'image du Pharaon, du roi achéménide ou du prince grec qui régnaient sur terre. Ils étaient Juifs et la Parole leur avait été révélée par un Dieu implacable, ils étaient Zoroastriens et leur Prophète avait reçu le message du Dieu de lumière en lutte avec les ténèbres, ils étaient Bouddhistes et vénéraient un Dieu de compassion, ils étaient Chrétiens nestoriens ou manichéens et ils élevèrent des temples et des sanctuaires jusqu'en Chine pour honorer leur Dieu d'amour. Ils devinrent Musulmans, dont le Dieu intransigeant devait apporter une réponse nouvelle à ce besoin fondamental de comprendre l'infini, l'indicible et le mystère.

L'homme, dans son imperfection, ne peut au mieux qu'imaginer ce que pourrait être “dieu”. Aujourd'hui, la petite mosquée de Magok-I-Atari, après avoir accueilli peut-être Râ, Zeus et Jupiter, puis Yahvé, Bouddha, Mazda, le Christ et Allah, abrite des marchands de tapis. C'est tout un symbole: Les hommes créent véritablement des dieux à leur image.

FL

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16.06.2009

La petite noueuse de tapis

L'espace d'un bref instant, le regard de la petite noueuse de tapis s'est posé sur moi et j'y ai lu la timidité des jeunes filles de son âge, la pudeur des femmes d'ici. Puis son visage s'est penché vers la trame, caché sous un foulard immobile, et ses doigts ont repris leur folle agitation. J'ai tenté de comprendre le mouvement de ses mains, comment il était possible de lire le chablon posé devant elle, de choisir le bon fil et d'exécuter en un clin d'œil et avec une telle dextérité un double nœud au bon endroit sur la trame.

Elle a vu son père et ses frères élever les vers à soie qui, dans un vacarme de mâchoires avides ont dévoré plusieurs milliers de fois leur propre poids de feuilles de mûrier, avant de s'enfermer dans un cocon, un fil de soie de quelques centaines de mètres. Ils seront étouffés à la vapeur avant de se changer en chrysalide. Elle a vu sa grand-mère jeter les cocons dans un bain d'eau chaude pour dissoudre le grès et saisir les fils avec un long peigne, puis les joindre par vingtaine pour en faire un écheveau, avant de les enrouler sur une bobine. De la main droite, elle tourne la grande roue du dévidoir, dans les doigts de sa main gauche, le fil court et chaque accroc, chaque défaut sera immédiatement corrigé. La soie sera ensuite teinte avec des couleurs naturelles, végétales et minérales. Elle sera alors prête à être tissée pour fabriquer les ikats ou nouée en de fabuleux tapis.

Sans toutes ces opérations, il n'y aurait ni tissus, ni tapis de soie. Mais c'est à une fée, la petite noueuse de tapis, que revient le travail final, qu'elle seule peut exécuter, parce qu'elle seule a les doigts assez fins et assez agiles pour donner vie à la soie et en faire une œuvre d'art.

J'ai longuement regardé la petite noueuse de tapis derrière son immense métier à nouer. Son corps immobile tout entier tendu vers la parfaite exécution de son travail, elle restera des heures les jambes croisées, le buste légèrement incliné, les yeux fixés sur les fils qu'elle nouera l'un après l'autre pendant des jours, des semaines, des mois entiers. Le tapis qu'elle est en train de créer mesurera environ 2 mètres sur 3. Très serré, il compte huit cent mille nœuds par mètre carré. A son rythme, la petite noueuse de tapis mettra une année et demi pour le terminer.

La petite noueuse de tapis, bercée par le rythme de ses doigts magiques, s'est mise à chantonner une mélopée que sa grand-mère et sa mère chantaient déjà lorsqu'elles-mêmes étaient assises au même endroit, avant que leurs doigts ne s'engourdissent et que leur regard ne se voile. Elle a relevé la tête et ses yeux à nouveau se sont plongés dans les miens, et dans son regard, à la fois las et amusé, j'ai pu lire l'immense patience sans laquelle ne naît aucun beau tapis.

FL

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30.06.2009

Une grande et belle Chine

Le col entre le Kirghizistan et la Chine n'était qu'un amas de sable et de poussière dans lequel glissaient les voitures autant que les énormes camions chargés de 60 tonnes de marchandises. La nuit dans les chambres communes d'une vague maison d'hôtes à 3200 m fut courte pour certains d'entre nous et les formalités d'entrée en Chine tortueuses et opaques. Puis commença la dernière partie de notre long périple, les derniers 6'000 km qui nous séparaient de Pékin.

De la descente sur Kashgar par de vastes gorges taillées dans la roche multicolore aux champs en terrasses du Nord de la Chine, ce fut une succession de paysages sublimes et variés: déserts de sable en bordure du Taklamakan et déserts d'altitude sur le haut-plateau du Qinghai, oasis où surgissent peupliers et allées fleuries, champs de maïs et arbres fruitiers, sommets acérés disparaissant dans les nuages et glaciers brillant au soleil, steppes infinies où paissent moutons, chèvres, chameaux, ânes et chevaux à demi sauvages, eaux claires des ruisseaux de montagnes et fleuves paresseux charriant leurs tonnes de loess, larges plaines cultivées comme des jardins où somnolent des villages d'un autre temps.

Infinie diversité ethnique aussi ! Les Ouïgours, Tadjiks, Kazakhs, Wu Gu, Tibétains, Hui, Mongols que nous avons croisés sur notre route parlaient parfois le mandarin, mais généralement ne s'exprimaient que dans leur langue d'origine. Les coutumes, moeurs et l'habillement, la nourriture varient selon l'origine des populations, tout comme l'architecture des mosquées ou des temples bouddhiques. Et l'on s'étonne de voir tant de femmes voilées au Xinjiang et de moines bouddhistes dans les régions tibétaines.

Impressionnante richesse culturelle également: mausolée d'Abakh Hodja, grottes bouddhiques sculptées et peintes de Mogao ou de Binglingsi, monastères de Tongren ou du Wutaishan, armée de terre cuite à Xian et vieille ville de Pingyao, Cité interdite et Temple du Ciel à Pékin. Traverser la Chine de part en part, c'est faire un voyage de 2'500 ans d'histoire parmi 56 nationalités différentes dans une des plus vieilles civilisations du monde !

Ces 6'000 km effectués au volant d'une voiture nous ont permis de découvrir un pays et une population engagés dans un formidable effort de développement et de modernisation! Nouvelles routes et autoroutes, blocs d'habitation, ponts, tunnels, chemins de fer, industries, commerces, câbles optiques jusque dans les plus petits villages, il semble que rien ne peut arrêter cette Chine pressée de vivre mieux. Avec en prime un cadeau que nous ont offert tous ces bons Chinois rencontrés et que nous avons tant bien que mal essayé de mériter: un vrai sourire mi-étonné mi-amusé à l'attention de ces étranges étrangers venus à la découverte de leur pays.

FL

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28.07.2009

Mongolie: L’arbre du bivouac

Les fastes du Palais Impérial sont déjà très lointains, les marches de la Grande Muraille juste un souvenir parmi tant d’autres que nous avons enregistrés au fil des routes et des pistes ces derniers jours. Nous avons quitté la Chine à Erlian pour trouver à peine quelques centaines de mètres plus loin sa petite soeur de Mongolie, la ville de Zhamiid Uud, petit bourg de l’Est lointain. Le contraste est saisissant, les superbes routes flambant neuves de la Chine s’arrêtent ici, en même temps que notre confort. C’est dans cette bourgade improbable que nous rencontrons l’équipe qui va nous accompagner tout au long de notre traversée de cet immense pays. Il est temps de faire connaissance avec Samba, notre guide mongol, jeune homme futé, énergique et débrouillard qui a déjà fait traverser et aimer ce pays en dehors des normes à nos prédécesseurs l’année passée. Et si Samba est là, cela veut dire que Baloo le chauffeur du camion d’accompagnement, que Uukaa le cuisinier et le reste de l’équipe sont là aussi et que notre caravane peut quitter l’asphalte pour près de 2'300 km de piste et autres routes peu clémentes.

A peine quelques kilomètres et déjà s’ouvre devant nous cette immensité souvent rêvée, cette nature rude et sauvage que nous allons traverser du Sud-Est du désert de Gobi aux Monts de l’Altaï, tout au Nord-Ouest du pays. Ce qui marque en premier lieu, c’est sans doute ce paysage sans fin qui se perd tel un océan dans la courbe de notre planète. Mais c’est aussi ces troupeaux de chevaux sauvages à l’encolure élancée, ces centaines de moutons ou de chèvres cherchant quelques brins d’herbe dans ces contrées peu fertiles, ces rapaces survolant la plaine à la recherche de quelques petits rongeurs à se mettre sous le bec. Et, en rien ou presque, notre caravane ne semble les déranger dans leur quiétude.

Le paysage change, lentement, à un rythme quasi quotidien. Les premières traces humaines ne seront longtemps que poteaux électriques filant au loin vers une ville incertaine que nous ne traverserons que beaucoup plus tard. Le camion russe de Baloo trace la route et nous n’apercevons bientôt au loin plus qu’un petit panache de poussière qui nous montre le chemin. Le paysage défile, mais sans repaire à l’horizon, nous perdons la notion d’espace et de temps. Il domine en nous une impression de vertige horizontal. Soudain un arbre esseulé, à quelque part au milieu de nulle part. La camion cuisine est là et toute l’équipe s’affaire à monter le camp pour la nuit. C’est ici que nous logerons ce soir avant de continuer notre chemin vers les montagnes qui déjà s’annoncent au loin.

BI

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14.08.2009

Balade en Sibérie

Au Nord-Ouest des hauts plateaux de la Mongolie se dresse avec majesté un obstacle infranchissable. Les Monts Altaï nous offrent un spectacle magnifique, des paysages grandioses. Nous devrons les contourner par le Nord, par la Russie et le Kazakhstan, pour rejoindre bientôt les célèbres villes de l’Asie centrale, Samarcande puis Boukhara.

Une photo de groupe au sommet d'un petit col à 2'600 m. d'altitude, un dernier campement au milieu de troupeaux de yaks, de chèvres et de moutons, les adieux à ceux qui sont devenus des amis en deux semaines de pistes et déjà nous traversons le "no man's land" qui nous sépare de la Russie. Quelques dizaines de kilomètres pour entrer dans un nouveau monde. Nous retrouvons l’asphalte et nous nous engouffrons dans une magnifique vallée où nous suivons, pendant presque 500 kilomètres et plus 2'000 mètres de dénivelé, le lit de la rivière Katun. Petit cours d’eau en amont, elle prend de l’assurance et de la vigueur au fur et à mesure de sa descente. Plus en aval encore, de sa rencontre avec la Byia naîtra l’Ob, ce grand fleuve de Sibérie connu pour ses imposantes débâcles de printemps.

“Bienvenue dans la République de l’Altaï!”, ce petit territoire russe, grand comme deux fois la Suisse, qui s’étend au sud de la Sibérie occidentale, sur les montagnes de l’Altaï, à la frontière du Kazakhstan, de la Chine et de la Mongolie. L'été dans l'Altaï est court. La belle saison ne dure que deux ou trois mois et les hivers sont rudes. Nous retrouvons ici un paysage familier de montagnes densément boisées de conifères et de bouleaux, entrecoupées de larges vallées où la verdure et l'eau sont omniprésents.

Nous nous sentons à l’aise dans cette “Suisse de Sibérie” et profitons d’une journée ensoleillée pour découvrir les environs de Gornau-Altaïsk, la capitale de la République. Au bord de la rivière, des centaines de campings plus ou moins sauvages. La région est une destination très prisée en Sibérie pour les sports de plein air, du ski héliporté à la pêche, en passant par la marche, les descentes de rivières en rafting ou les vols en parapentes.

Puis nous reprenons notre route vers le Nord, en suivant toujours la rivière Katun qui prend des proportions impressionnantes. Tout autour de nous s'étendent d'immenses champs de blé, de pommes de terres ou de tournesols, vastes étendues rythmées par des rangées régulières de peupliers leur servant de paravents naturels. Des cultures à l'infini, héritage remarquablement exploité des anciens kolkhozes de l'ère soviétique.

Arrivés à Barnaul, notre dernière étape en Russie, nous profitons des services modernes de cette grande ville pour faire changer quelques amortisseurs mis à mal par notre traversée de la Mongolie. Nous y découvrons également notre première église orthodoxe avant de continuer notre chemin vers l’Asie Centrale.

BI

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28.08.2009

Le Musée de l’Eau à Yazd

Déjà un mois de route et rien n’a entamé la bonne humeur, la curiosité et l’enthousiasme de notre expédition! Derrière nous, un peu de Chine, une grande et belle Mongolie, la magnifique descente en suivant les grands fleuves de l’Altaï russe et l’immense steppe kazakhe bordée au sud par les hautes cimes des Tianshan. Devant nous, des promesses de nouvelles découvertes. A partir de Tashkent, nos étapes sont jalonnées de noms qui font rêver: Samarcande l’étincelante, Bukhara la douce au charme mystérieux, dont il est si dur de se détacher. Puis la route jusqu’aux portes de la Perse, en traversant ce Turkménistan si étrange.

Et enfin nous y voilà! Après tant de péripéties, de routes incertaines, de visas récalcitrants, nous foulons cette terre, qui a vu naître avec Cyrus et Darius l’un des premiers grands empires et une brillante civilisation. Une nuit à Mashad, grand centre de pèlerinage shiite, et une visite à un garage, amortisseurs fatigués obligent, plus loin, nous arrivons à Yazd, assoupie sous une chaleur écrasante. A 1230 m. d’altitude, serrée entre deux déserts, la ville est construite idéalement entre Ispahan et Kerman, sur la route qui mène vers le Pakistan et l’Afghanistan, et plus loin l’Inde et la Chine. Par une chaleur si accablante, il faut aller visiter le petit Musée de l’Eau. Il n’est de coin plus charmant. A l’abri des regards, niché dans une cour intérieure carrée pleine de verdure, il raconte l’histoire de l’eau au cours des siècles. Une maquette, des plans, des photos et divers outils de travail nous expliquent trois mille ans de gestion de l’eau par les Anciens. Ces hommes creusaient des canaux souterrains, les “qanat”, sur des centaines de kilomètres, pour amener l’eau de la nappe phréatique ou des montagnes environnantes jusque dans les villes et les villages. La province de Yazd compte 3200 qanat dont le plus grand du monde de 80 km de long. C’est le même système que l’on peut voir à Turfan dans le Xinjiang chinois, mais l’origine en est iranienne. Curieusement, les Iraniens ont adopté le terme arabe, qanat, alors que les Chinois ont conservé le nom persan “karez”!

En 2000, le musée a été inauguré lorsqu’un symposium international sur les qanat s’est tenu dans la ville. Un escalier raide s’enfonce sous la maison. Une pièce d’une grande fraîcheur nous accueille. Un petit bassin en son centre, des banquettes de pierre sur les côtés. Un puit de lumière perce l’obscurité. Les habitants de la maison pouvaient s’y reposer lors des plus fortes chaleurs. La visite de ce musée permet de comprendre à quel point l’eau était - et est toujours - l’élément vital pour survivre dans une telle aridité. C’est un des miracles de l’Iran: traverser des centaines de kilomètres de désert et être accueilli par des fontaines jaillissantes et des jardins fleuris !

CL

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15.09.2009

Samba, Komil, Ali et les autres

Cela fait maintenant quelques semaines que nous nous sommes dit au revoir au sommet du Grand-Saint-Bernard et séparés à la gare de Martigny. C’était difficile!

Il y avait déjà eu cette soirée d’adieux pour nos compagnons de route quittant le groupe à Tashkent, avec ce mélange de tristesse de voir des voyageurs nous quitter et le plaisir d’en voir d’autres nous rejoindre. Pour quelques-uns, l’itinéraire qu’ils s’étaient fixé s’arrêtait là, pour ceux qui avaient opté pour la traversée complète, c’était la mi-temps. A Martigny, c’était la fin du périple, le retour à la vie dite normale, un incertain au revoir.

Nous avons traversé une partie de la Chine, la Mongolie, une partie de la Sibérie, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, l’Iran, la Turquie et une partie de la Grèce avant de prendre le bateau à Patras pour arriver à Venise et rentrer en Suisse. Ecrit en une phrase, cela ne veut pas dire grand chose, mais vécu jour après jour pendant deux mois, cela prend une dimension presque irréelle. L’extraordinaire devenait quotidien, donc presque normal. Et il fallait faire attention à ne pas se laisser gagner par la “routine” afin de pouvoir continuer à s’émerveiller. Nous y avons presque toujours réussi.

Samba, Baloo, Elena, Leyla, Komil, Batir, Ali sont les noms chantants des guides qui nous ont aidés à découvrir leur pays respectif. Je les remercie de leur gentillesse, de leur dévotion à la bonne marche de ce voyage, de leur savoir et de la manière avec laquelle ils nous l’ont transmis. Sans eux, ce voyage n’aurait pas été possible ! Quel privilège pour nous voyageurs d’avoir pu partager pendant quelques jours leur vie, de pouvoir mettre un visage ami sur le nom d’un pays! Et il y a tous ceux que nous n’avons pas rencontrés, mais qui ont contribué chacun et chacune à la réussite du tout, Li Meng, Batbayar, Oleysia, Paricher et tous les autres!

Nous avons vu des paysages à couper le souffle et des monuments d’un raffinement exquis, nous avons appris des choses extraordinaires, nous avons été en contact avec des civilisations millénaires et nous avons été impressionnés par des empires qui n’ont pas duré. Mais surtout, nous avons fait des rencontres, et nous avons réalisé qu’à Pékin, Olgiy, Barnaul, Ispahan, Istanbul ou Athènes, les inquiétudes et les aspirations de tout un chacun sont les mêmes, c’est-à-dire de vivre de manière décente, même simple. Nous avons réalisé que les malfaisants, les égoïstes et les abuseurs sont les mêmes qu’ici et nous avons vu que le monde avance, avec ou sans nous! Bref, nous avons réalisé que nous sommes tous un peu cousins. Cela parait banal, mais cela ne l’est pas!

Je souhaite à chacun de mes co-voyageurs des souvenirs lumineux!

JE

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